Par Djamila M.
Le Laboratoire des sciences et ingénierie de la mer de l’Université des Sciences et Technologies d’Oran Mohamed Boudiaf (USTO-MB) s’affirme comme un acteur clé de la recherche scientifique en Algérie et en Méditerranée. Spécialisé dans l’ingénierie maritime, la modélisation numérique et la transition énergétique, il développe des projets innovants qui conjuguent excellence académique et applications concrètes pour le secteur portuaire.
À cette occasion, CapDz a rencontré la professeure Amina Saber, directrice du laboratoire, pour faire le point sur ses priorités, ses réalisations et sa vision pour 2026.
CapDz : Sur quoi repose le travail du laboratoire au niveau national et international ?
Pr Amina Saber : Le Laboratoire des sciences et ingénierie de la mer est aujourd’hui une structure de recherche stratégique, abritant la seule spécialité nationale en ingénierie maritime. Au sein de l’université, il constitue un espace scientifique dynamique, mêlant recherche fondamentale et appliquée. Sur le plan national, nous accompagnons les transformations liées à l’économie maritime et contribuons à réduire l’empreinte carbone des ports. À l’international, le laboratoire affirme sa présence à travers des projets euro-méditerranéens portant sur la transition énergétique et la gouvernance côtière, renforçant ainsi son rayonnement scientifique.
CapDz : Quelle est votre vision stratégique pour 2026 ?
Pr Amina Saber : Notre objectif pour 2026 est de passer de la consolidation de notre position scientifique à l’amplification de notre impact, tant sur le plan national qu’international. Cette ambition s’articule autour de quatre axes principaux : renforcer la recherche appliquée répondant aux besoins concrets du secteur maritime, soutenir la formation doctorale et l’encadrement des jeunes chercheurs, développer les partenariats scientifiques internationaux et relier la recherche à la dynamique économique locale en collaborant avec les acteurs portuaires et industriels.
CapDz : Comment le laboratoire accompagne-t-il les évolutions mondiales en ingénierie maritime et transition énergétique ?
Pr Amina Saber : Nous menons des recherches ciblées sur la décarbonation des ports, l’optimisation de l’efficacité énergétique des navires et des infrastructures maritimes, ainsi que l’intégration des énergies renouvelables dans les systèmes portuaires. La modélisation numérique avancée constitue un pilier central de notre travail, permettant de simuler des phénomènes complexes et de réduire les coûts expérimentaux. Notre engagement dans les projets euro-méditerranéens facilite également l’échange d’expertises et le transfert technologique selon les standards scientifiques internationaux.
CapDz : Quels sont les projets phares reflétant l’orientation du laboratoire vers la durabilité environnementale ?
Pr Amina Saber : Nous participons à plusieurs projets internationaux majeurs. Le projet GREENMEDPORTS vise à soutenir les ports méditerranéens dans la décarbonation et l’amélioration de leur efficacité énergétique. SHARE4MED se concentre sur la gouvernance environnementale côtière, tandis que POWER4MED accompagne la transition énergétique dans l’espace méditerranéen. Ces projets traduisent concrètement notre engagement pour la durabilité et l’environnement.
CapDz : Quelle est la dynamique de la coopération scientifique euro-méditerranéenne et quelles sont les réalisations du laboratoire ?
Pr Amina Saber : Nous privilégions des partenariats équilibrés et l’échange de savoir-faire via des projets conjoints, ateliers et conférences scientifiques. Les jeunes chercheurs et doctorants sont impliqués à toutes les étapes de la recherche, contribuant à construire un réseau scientifique méditerranéen durable. L’an dernier, le laboratoire a publié plusieurs travaux dans des revues internationales sur la dynamique maritime et la modélisation numérique et a organisé un congrès international réunissant près de 20 experts. Sur le plan de l’innovation, nous préparons une plateforme intelligente de mesure de l’empreinte carbone, basée sur des bouées intelligentes dans le cadre du projet GREENMEDPORTS.
CapDz : Comment vos recherches offrent-elles des solutions concrètes pour le secteur portuaire algérien ?
Pr Amina Saber : Nous avons développé des modèles analytiques pour évaluer la consommation énergétique et les émissions de carbone des infrastructures portuaires, ainsi que des études sur le comportement hydrodynamique des structures maritimes. Ces outils scientifiques permettent aux autorités de prendre des décisions fondées sur des données fiables et précises.
CapDz : Quelle est votre stratégie pour soutenir les jeunes chercheurs et doctorants ? Comment équilibrez-vous recherche académique et appliquée ?
Pr Amina Saber : Nous les impliquons dans des projets nationaux et internationaux, assurons un encadrement scientifique régulier et encourageons la publication ainsi que la participation à des colloques internationaux. La recherche académique apporte la profondeur théorique, tandis que la recherche appliquée transforme les résultats en outils et modèles exploitables par le secteur économique, garantissant un équilibre entre rigueur scientifique et application concrète.
CapDz : Comment contribuez-vous aux énergies marines renouvelables ?
Pr Amina Saber : Nous travaillons à optimiser l’exploitation de l’énergie des vagues et des courants marins, à intégrer les énergies propres dans les infrastructures portuaires et à développer des modèles de simulation numérique avancés pour tester les solutions avant leur mise en œuvre sur le terrain. Malgré l’amélioration des espaces de recherche, les procédures administratives pour l’acquisition d’équipements restent un défi, pouvant ralentir la réalisation de projets internationaux nécessitant un calendrier précis.
CapDz : Quel rôle jouent la numérisation et la modélisation numérique dans vos recherches ?
Pr Amina Saber : La numérisation et la modélisation sont désormais essentielles pour toute recherche avancée en ingénierie maritime. Nous utilisons la dynamique des fluides computationnelle pour simuler des phénomènes complexes, améliorer la précision des études et réduire les coûts expérimentaux.
CapDz : Prévoyez-vous de nouvelles plateformes ou équipements pour 2026 ?
Pr Amina Saber : Oui, nous développons des plateformes de recherche numériques et expérimentales pour étudier la performance énergétique et environnementale des ports et prévoyons d’acquérir des équipements avancés pour les énergies marines renouvelables et la modélisation avancée. Ces initiatives permettront au laboratoire de jouer un rôle consultatif auprès des décideurs et de former les experts capables de piloter les projets de l’économie bleue.
CapDz : Quel message souhaitez-vous adresser aux étudiants et chercheurs intéressés par le laboratoire ?
Pr Amina Saber : L’ingénierie maritime est aujourd’hui un domaine stratégique lié à l’avenir de l’énergie et de l’environnement. Les portes du laboratoire sont ouvertes aux étudiants passionnés et motivés, désireux de travailler sur des projets innovants et de s’inscrire dans une coopération scientifique internationale au service du développement durable.




