Meriem B
Comme chaque année, l’Aïd El Adha a profondément transformé le visage d’Oran, replongeant la capitale de l’Ouest dans une atmosphère singulière faite de spiritualité, de convivialité et de traditions solidement enracinées. Durant plusieurs jours, les quartiers populaires comme les grandes artères de la ville ont vécu au rythme des retrouvailles familiales, des préparatifs culinaires et des gestes de solidarité qui donnent à cette fête religieuse une dimension sociale particulière.
Bien avant le premier jour de l’Aïd, l’effervescence gagnait déjà El Bahia. Dès l’entame du mois de Dhou El Hidja, les marchés, boucheries, commerces de proximité et points de vente de moutons et de charbon connaissaient une forte affluence. Entre les achats de dernière minute, les journées de jeûne observées par de nombreux fidèles et les préparatifs des repas traditionnels, toute la ville semblait progressivement entrer dans le temps de la fête.
Ferveur religieuse et animation des quartiers
Dès les premières heures de l’Aïd, les mosquées d’Oran ont accueilli des milliers de fidèles venus accomplir la prière dans un climat de recueillement et de communion. À la sortie des lieux de culte, les échanges de vœux et les embrassades donnaient déjà le ton d’une journée placée sous le signe du partage et du rapprochement familial.
Une fois le rituel du sacrifice accompli, l’activité s’est rapidement déplacée vers l’intérieur des foyers et des quartiers. Les odeurs de grillades et de méchoui se sont mêlées à l’animation des ruelles, tandis que les familles se retrouvaient autour des repas traditionnels préparés selon la souna du prophète Mohamed (QSSSL) et les habitudes transmises de génération en génération. Malgré une circulation relativement réduite au niveau de certaines grandes avenues, les cités et les quartiers populaires affichaient une intense activité jusque tard dans la soirée.
Dans plusieurs communes de la wilaya, les enfants vêtus de leurs habits neufs ont investi les espaces publics dans une ambiance de fête et d’insouciance. Jeux improvisés, rassemblements entre voisins et visites familiales ont redonné aux quartiers cette chaleur humaine propre aux grandes célébrations religieuses.
Si les marchés ont retrouvé un rythme plus modéré après le premier jour, certains commerces de proximité sont restés particulièrement sollicités, notamment les boulangeries, supérettes et mêmes les vendeurs de charbon. Comme chaque année, un dispositif de permanence a été assuré afin de répondre aux besoins des citoyens durant les jours de fête. Les services publics mobilisés pour l’occasion, qu’il s’agisse de l’hygiène urbaine, de la santé, du commerce ou encore de l’énergie, ont également été mis à contribution pour garantir la continuité des prestations essentielles.
Une fête qui renforce les liens sociaux
Au-delà de son caractère religieux, l’Aïd El Adha demeure à Oran un puissant moment de cohésion sociale et de transmission des valeurs familiales. Dans les quartiers, nombreux sont les habitants qui soulignent l’importance de préserver cet esprit de solidarité et de partage.
« L’Aïd reste avant tout une occasion de réunir toute la famille. Même ceux qui vivent loin reviennent à Oran pour partager ces moments », confie Abdelkader, habitant du quartier de Maraval, rencontré devant une boulangerie particulièrement fréquentée au deuxième jour de la fête.
Même attachement du côté de Samira, mère de famille résidant à Es-Sénia, qui insiste sur la dimension patrimoniale de cette célébration : « Malgré le rythme de la vie moderne, nous tenons à préserver nos traditions religieuses et culinaires et à recevoir les proches comme le faisaient nos parents. C’est une transmission essentielle pour les nouvelles générations. »
Chez les plus jeunes également, la fête conserve toute sa magie. Yacine, 17 ans, décrit une ambiance de quartier qu’il considère unique : « Pendant l’Aïd, tout change dans les rues. Les voisins se rapprochent, les familles s’entraident pour le sacrifice et chacun partage avec les personnes démunies. On ressent une solidarité qu’on ne voit pas forcément le reste de l’année. »
À Oran, l’Aïd El Adha continue ainsi de dépasser le simple cadre du rituel religieux pour incarner un moment privilégié de rapprochement humain, où les traditions, la générosité et l’esprit communautaire demeurent profondément ancrés dans le quotidien des habitants.




