Meriem B

À l’occasion de la Journée mondiale de l’environnement, la ville d’Oran a accueilli ce jeudi une importante rencontre scientifique consacrée à la protection des écosystèmes marins. Placée sous le slogan « Préservons le milieu marin aujourd’hui pour demain », cette initiative a réuni universitaires, chercheurs, représentants d’institutions publiques et acteurs associatifs autour d’une même priorité : la sauvegarde du littoral face aux menaces croissantes de pollution et de dégradation.

Portée par l’Association Phénicia pour la protection de l’environnement marin, en collaboration avec le Laboratoire des sciences et technologies du génie des procédés (LSTGP) de l’Université des sciences et de la technologie Mohamed-Boudiaf d’Oran (USTO-MB), et avec le soutien de la Direction de l’environnement de la wilaya d’Oran, cette journée a constitué un espace d’échanges scientifiques et de réflexion sur l’avenir du milieu marin.

Une convergence entre recherche et action environnementale

Dès l’ouverture, les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer les passerelles entre la recherche universitaire et les actions de terrain. Le professeur Mohammed Hadjel, directeur du laboratoire LSTGP et membre de l’Association Phénicia, a souligné que cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de transition vers une recherche plus appliquée, au service des politiques publiques et de la société.

Il a mis en avant la diversité des communications scientifiques et des travaux présentés par chercheurs et étudiants, estimant qu’ils traduisent une évolution vers une recherche davantage orientée vers des solutions concrètes. L’objectif, a-t-il expliqué, est de transformer les résultats académiques en outils opérationnels au service de la protection du littoral, à l’approche notamment de la saison estivale.

Des menaces environnementales multiples sur le littoral

Les travaux scientifiques ont été structurés en deux sessions principales. La première a été consacrée aux problématiques de pollution et aux atteintes subies par le milieu marin. Les intervenants ont alerté sur la pression croissante exercée sur les écosystèmes côtiers, notamment à travers les polluants émergents, les rejets industriels et les activités humaines non contrôlées.

Le professeur Hadjel a insisté sur l’impact des contaminants sur l’équilibre biologique marin, appelant à renforcer les dispositifs de prévention et de recherche appliquée. 

De son côté, le professeur Abdelhamid Djelouli a mis en avant le rôle déterminant des associations dans la sensibilisation et la protection du littoral, soulignant l’importance de l’action citoyenne de proximité.

Mme Aïcha Mansouri, représentante de la Direction de l’environnement de la wilaya d’Oran, a présenté les principales actions engagées au niveau local. Elle a rappelé les études de planification du littoral réalisées dans le cadre du cadre législatif de protection du rivage, ainsi que la mise en place de plusieurs zones protégées, dont la réserve de l’île Habiba, celle de l’île Paloma et le cordon dunaire reliant Aïn El Turk, Bou Sfer et El Ançor.

La posidonie, pilier écologique de la Méditerranée

La seconde session a été consacrée aux interactions entre biodiversité, cadre juridique environnemental et pressions anthropiques. L’un des points centraux des débats a porté sur la posidonie océanique, présentée par Dr Fayçal Chahrour, comme un élément fondamental de l’équilibre écologique méditerranéen.

Souvent qualifiée de « poumon de la Méditerranée », cette plante marine joue un rôle essentiel dans l’oxygénation des eaux, la stabilisation des fonds marins et la protection des côtes contre l’érosion. Elle abrite également une biodiversité remarquable, avec près d’un millier d’espèces associées, ce qui en fait un indicateur majeur de la santé des écosystèmes marins.

Le chercheur Chahrour qui est également enseignant à la faculté de biologie, et membre du laboratoire LRSE (Laboratoire du Réseau de Surveillance Environnementale) à l’Université Oran 1 Ahmed Ben Bella, a rappelé que sa préservation représente un enjeu stratégique pour l’Algérie, dotée d’un littoral de plus de 2 000 kilomètres soumis à de fortes pressions environnementales.

Pollution agricole et industrielle : des impacts cumulés

Les communications ont également mis en évidence les effets des pesticides agricoles et des rejets industriels, notamment métalliques, sur la biodiversité marine. Les experts ont insisté sur la nécessité d’une approche intégrée de gestion du littoral, capable de prendre en compte l’ensemble des sources de pollution et leurs interactions.

La professeure Rachida Ourgli a notamment alerté sur la toxicité des métaux lourds et leur persistance dans l’écosystème marin, appelant à un suivi scientifique renforcé et continu.

Vers une gestion durable et innovante du littoral

Les travaux ont abouti à une série de recommandations visant à renforcer la protection du milieu marin et à améliorer la gouvernance environnementale. Les participants ont notamment plaidé pour la création d’une aire marine protégée dans la baie d’Oran, la mise en place d’un observatoire permanent de la qualité du milieu marin et le développement d’unités innovantes de collecte et de valorisation des déchets flottants en mer.

Ils ont également recommandé la création de récifs artificiels à vocation scientifique pour favoriser la restauration des écosystèmes, ainsi que le lancement de projets de science participative impliquant citoyens, pêcheurs et associations dans la surveillance du littoral.

Le soutien aux start-up universitaires actives dans les domaines de l’économie bleue et des technologies durables a également été mis en avant, tout comme la nécessité de renforcer la coopération entre universités, collectivités locales et société civile.

Une dynamique collective pour l’avenir du littoral

Les participants ont enfin insisté sur l’importance d’intégrer les énergies renouvelables dans les projets liés à la gestion environnementale et de développer des programmes de restauration des habitats marins dégradés, notamment les herbiers de posidonie.

Dans cet esprit, les recommandations issues de cette journée appellent à une mobilisation durable et coordonnée de l’ensemble des acteurs concernés afin de préserver le littoral oranais, patrimoine naturel stratégique soumis à des pressions multiples. L’enjeu, ont souligné les intervenants, dépasse le cadre scientifique pour s’inscrire dans une véritable responsabilité collective en faveur d’un environnement marin durable et mieux protégé.