A.T
À l’approche des élections législatives du 2 juillet, la question du financement des campagnes électorales s’impose comme un enjeu majeur pour la crédibilité du scrutin et la restauration de la confiance des citoyens dans leurs institutions. Des experts en droit constitutionnel et en sciences politiques ont souligné, dans des entretiens accordés à la presse, que le contrôle rigoureux des ressources financières engagées par les candidats constitue un rempart essentiel contre les dérives corruptrices et un levier déterminant pour moraliser la vie publique. Cette exigence, constamment réaffirmée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, vise à garantir l’égalité des chances entre tous les prétendants et à préserver l’intégrité du processus électoral dans son ensemble.
Le professeur de droit constitutionnel Moussa Boudehane a souligné que l’Algérie aborde désormais une étape inédite dans son histoire électorale, marquée par l’entrée en vigueur de la nouvelle loi organique relative au régime électoral. Ce texte, a-t-il expliqué, introduit des mécanismes inédits de contrôle et de transparence, en parfaite adéquation avec les orientations présidentielles visant à assainir la gestion des affaires publiques et à ériger la probité en règle cardinale de la vie politique. La révision des dispositions légales a permis de responsabiliser davantage les candidats, qui sont désormais tenus de se conformer à des règles strictes en matière de financement, sous peine de sanctions graduées allant de l’amende à l’invalidation de leur candidature. Au-delà du volet répressif, M. Boudehane a insisté sur la dimension éducative et préventive de cette réforme. En imposant des obligations déclaratives claires et en ouvrant la voie à un contrôle efficace, le législateur entend éloigner les acteurs politiques des sources de financement opaques et de l’argent sale, qui compromettent la sincérité du scrutin et faussent le jeu démocratique. L’objectif ultime, a-t-il rappelé, est de permettre l’émergence d’une classe parlementaire intègre et compétente, pleinement investie de ses missions constitutionnelles et législatives, et à la hauteur des aspirations légitimes des citoyens.
Abondant dans le même sens, le professeur Rachid Lourari a qualifié la nouvelle loi de « rigoureuse » et de « dissuasive », en ce qu’elle ferme la voie à toute forme d’ingérence financière susceptible d’influer sur le déroulement ou les résultats du scrutin. Les sanctions prévues, a-t-il détaillé, sont proportionnées à la gravité des infractions, allant de simples avertissements à des poursuites judiciaires, en passant par l’annulation des élections dans certaines circonscriptions. Cette architecture juridique, a-t-il conclu, contribue à restaurer la crédibilité de l’acte électoral et pourrait, à terme, favoriser une augmentation significative du taux de participation, les électeurs se sentant davantage protégés contre les manipulations et les clientélismes. Pour le professeur Abderrezak Saghour, spécialiste des relations internationales et des questions politiques, le filtrage rigoureux des listes de candidats opéré par l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE) constitue une preuve tangible de la détermination des hautes autorités du pays à lutter contre toutes les formes d’atteinte à l’intégrité du scrutin. En écartant les postulants ne répondant pas aux critères légaux, l’ANIE envoie un signal fort aux citoyens et aux acteurs politiques, réaffirmant son rôle de garant de la transparence et de l’équité. Ces mesures, a-t-il ajouté, sont de nature à renforcer la confiance des électeurs dans le processus électoral et à les encourager à se rendre massivement aux urnes, en toute connaissance de cause.
Enfin, la sociologue Souad Khouchi a apporté un éclairage complémentaire en insistant sur la dimension éthique et symbolique du scrutin. Selon elle, convaincre l’électeur de participer à la vie politique et de se déplacer jusqu’aux bureaux de vote nécessite que le candidat incarne lui-même des valeurs d’intégrité, de crédibilité et de compétence. Le vote, a-t-elle martelé, n’est pas un acte anodin : il engage la responsabilité de chaque citoyen envers la patrie et constitue l’un des piliers fondamentaux de la citoyenneté active. C’est pourquoi la moralisation de la vie politique, notamment par le contrôle des financements, apparaît comme une condition indispensable à la revitalisation de la démocratie représentative en Algérie.
Il est à noter que l’ANIE a rappelé aux candidats l’obligation d’ouvrir un compte bancaire dédié à leur campagne et de transmettre sans délai les informations y afférentes à la commission de contrôle du financement, composée de représentants de l’Autorité, de magistrats de la Cour suprême, du Conseil d’État et de la Cour des comptes. Les reçus des dons et contributions doivent également être communiqués dans les meilleurs délais, afin d’assurer une traçabilité complète des flux financiers.

