Wassila. B

L’Algérie traverse une phase accélérée de son développement scientifique. Les annonces institutionnelles se multiplient à l’image des conventions entre le groupe Saidal et l’Université de Tipasa ou l’École nationale supérieure vétérinaire et la création d’un Haut conseil de la diaspora scientifique sous l’égide de la présidence. Les indices mondiaux sont encourageants. L’effervescence des initiatives et la progression dans les classements est encourageante. Les structures nouvellement créées, comme cet organe consultatif de la diaspora doté d’une autonomie financière, ne produisent pas de résultats en quelques semaines : elles préparent un terreau dont la fertilité ne se mesurera qu’à l’aune des décennies.

Derrière ce tableau ambitieux, des indicateurs tangibles dessinent une trajectoire ascendante dans les classements globaux. Les dépôts de brevets, passés de 200 à 1 376 entre 2020 et 2024, témoignent d’une maturation du système de propriété intellectuelle. La place de 10e mondiale dans les dépenses d’éducation et le rang dans le top 20 pour les diplômés en sciences et ingénierie ne sont pas des mirages statistiques : ils reflètent un investissement structurel. L’Algérie construit ses fondations, pour récolter les fruits d’initiatives plus anciennes. La loi de finances 2026, qui impose aux grandes entreprises un investissement de 1 % de leur chiffre d’affaires dans la recherche, ne portera ses effets que dans les prochaines éditions du classement, mais elle ancre déjà dans le marbre une exigence que peu de pays de la région ont osé rendre contraignante.

L’exemple de Saidal est à cet égard éloquent. Avec un chiffre d’affaires en hausse de 98,43 % et une production en progression de près de 10 %, le groupe pharmaceutique public incarne une dynamique de croissance réelle, adossée à des partenariats académiques concrets. Cette performance économique, validée par son assemblée générale, prouve qu’un acteur public peut innover dans ses méthodes et ses alliances sans attendre que les indicateurs internationaux le reconnaissent. La convention avec l’ENSV, qui forme des vétérinaires depuis 1970, ne vise pas un effet d’annonce : elle ancre la recherche dans des besoins nationaux (santé animale, pharmacologie, biosécurité) que les classements mondiaux, par nature généralistes, ne valorisent qu’imparfaitement. L’Algérie choisit une voie utilitaire, parfois moins spectaculaire, mais plus durable. Les économies africaines ne disposent pas toutes d’un réservoir de 3 à 4 millions de compétences expatriées, ni d’un Haut conseil dédié à leur mobilisation. La recherche ne se décrète pas, elle se construit pierre par pierre. Les conventions, les lois et les institutions nouvelles sont les échafaudages d’un édifice dont la visibilité internationale n’est qu’une facette. L’Algérie, en multipliant les structures et en contraignant ses entreprises à investir, assume un pari de long terme. Dans quelques années, quand les indicateurs de dépôts de brevets et de publications croiseront ceux de la formation et de l’investissement privé, le classement mondial devra bien refléter cette réalité. En attendant, le pays a raison de ne pas courir après des palmarès qui mesurent souvent moins l’innovation réelle que la capacité à la mettre en scène.