Protection animale – Des associations interpellent le wali d’Oran sur l’abattage des animaux errants malgré l’interdiction ministérielle

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H. Nassira 

Le recours à l’abattage des chiens et des chats errants dans plusieurs communes de la wilaya d’Oran ravive la controverse. Alors que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural a, depuis l’an dernier, proscrit les opérations d’élimination systématique des animaux errants au profit de solutions fondées sur la prévention et le contrôle sanitaire, des organisations de la société civile dénoncent la poursuite de pratiques qu’elles jugent illégales et contraires aux directives nationales.

Ces dernières semaines, plusieurs collectivités locales ont engagé des campagnes ciblant principalement les chiens errants dans différents quartiers de la wilaya. Une initiative qui a suscité l’indignation d’associations de défense des animaux et d’acteurs de la société civile, lesquels affirment que ces opérations seraient menées par tirs d’armes à feu ou par empoisonnement, en violation des dispositions édictées par le département ministériel de tutelle.

Estimant que ces pratiques contreviennent à une instruction ministérielle toujours en vigueur, le Rassemblement algérien de la société civile et des droits de l’homme a adressé une requête au wali d’Oran afin de solliciter son intervention urgente. Le collectif y dénonce la poursuite de ce qu’il qualifie de « campagnes d’extermination » visant les chiens et les chats errants dans plusieurs communes de la wilaya, malgré l’existence d’un cadre réglementaire privilégiant des méthodes alternatives.

Des pratiques dénoncées comme contraires aux directives ministérielles

Les signataires de la requête réclament l’arrêt immédiat de ces opérations et appellent à la stricte application des directives du ministère de l’Agriculture. Ils plaident également pour la mise en place d’une véritable stratégie concertée associant les autorités locales, les services vétérinaires et les associations spécialisées afin de privilégier la stérilisation, la vaccination et le suivi des populations animales, sous contrôle vétérinaire.

Le collectif va plus loin en demandant l’ouverture d’une enquête sur les éventuels dépassements commis par certaines communes qui ne se conformeraient pas aux instructions ministérielles. Il rappelle que les orientations nationales préconisent l’abandon des méthodes d’abattage traditionnelles au profit de programmes modernes de gestion des populations animales, fondés sur la stérilisation, la vaccination contre la rage, l’identification et le contrôle de la reproduction.

Au-delà de la dimension éthique, les associations mettent en avant les conséquences environnementales et sanitaires de ces pratiques. Elles soutiennent que les campagnes d’abattage ne constituent pas une réponse durable à la prolifération des animaux errants et qu’elles peuvent, au contraire, déséquilibrer l’écosystème en favorisant notamment la multiplication des rongeurs et la propagation de certaines maladies. Elles estiment également que les scènes d’abattage observées dans les espaces publics portent atteinte à l’image de la wilaya et vont à l’encontre des principes de protection animale prônés par la législation nationale.

Une instruction ministérielle qui privilégie les alternatives

La problématique des chiens errants demeure néanmoins un véritable enjeu de santé publique. Les statistiques du secteur de la santé font état d’environ 7 000 cas de morsures de chiens enregistrés dans la wilaya, un chiffre qui alimente les inquiétudes quant au risque de transmission de la rage et renforce la nécessité de mettre en œuvre des solutions efficaces et pérennes.

C’est précisément dans cette optique que le ministère de l’Agriculture et du Développement rural avait diffusé, l’année dernière, une instruction mettant un terme aux opérations d’abattage aléatoire des chiens et des chats errants. Le document faisait état de pratiques observées dans plusieurs communes du pays, où des animaux étaient éliminés par armes à feu, empoisonnement ou autres procédés jugés cruels, souvent sans coordination avec les services vétérinaires compétents.

Le ministère avait alors estimé que ces méthodes portaient atteinte à l’image de l’Algérie sur la scène internationale et étaient incompatibles avec les valeurs humanitaires ainsi qu’avec les principes de respect de l’animal. En contrepartie, il avait invité les collectivités locales à adopter une approche plus moderne reposant sur la stérilisation, la vaccination, le recensement des animaux errants, la création de refuges et le développement de campagnes de sensibilisation à l’adoption responsable.

L’instruction ministérielle rappelle enfin que toute intervention relative à la gestion des animaux errants doit obligatoirement faire l’objet d’une concertation préalable avec les services vétérinaires de wilaya, seuls habilités à encadrer ces opérations conformément aux dispositions réglementaires en vigueur. Une exigence que les associations souhaitent aujourd’hui voir appliquée avec toute la rigueur nécessaire afin de concilier impératifs de santé publique, protection de l’environnement et respect du bien-être animal.