Le nouveau pacte entre l’Algérie et l’Espagne

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Wassila. B

L’arrivée hier à Alger de Pedro Sánchez, accueilli par le président Tebboune, ne saurait être réduite à une simple visite de courtoisie. Elle s’inscrit dans un contexte où la relation bilatérale, après des turbulences diplomatiques, retrouve les accents d’un pragmatisme assumé. Pour l’Algérie, cette intensification des liens avec Madrid ne vise pas à renouer avec une dépendance d’antan, mais à inscrire la coopération dans un cadre industriel structuré, loin du seul commerce gazier. L’année 2025, en restaurant Alger à son rang de premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne, a rappelé l’évidence d’une complémentarité géographique. Pourtant, ce titre honorifique ne doit pas masquer la mutation profonde des perceptions : il ne s’agit plus de vendre du gaz, mais de bâtir des ponts durables vers une intégration productive qui profite aux deux rives de la Méditerranée.

Cette volonté algérienne de renouveler le partenariat avec Madrid s’inscrit dans un mouvement plus vaste de révision stratégique. Longtemps, l’économie nationale a vécu sous le joug d’un modèle de rente, dont les gazoducs vers l’Europe du Sud étaient l’artère principale, héritage commode mais vulnérable aux aléas de la demande européenne. La diversification engagée vers l’Allemagne, la Chine, la Russie ou les États-Unis n’est pas une fantaisie diplomatique ; c’est un « hedging » géoéconomique qui transforme Alger en un acteur capable d’arbitrage. Désormais, la multiplication des interlocuteurs crédibles élargit la marge de manœuvre : la négociation gazière avec Madrid ne se fait plus sous la pression de l’urgence, mais dans le cadre d’un jeu d’équilibre où l’Espagne sait qu’elle n’est plus l’unique fenêtre de l’Algérie sur le monde.

Pour saisir la portée de cette nouvelle donne, il faut dépasser le prisme quantitatif des volumes et s’attacher à la logique sectorielle qui la sous-tend. Chaque partenaire répond à un besoin de montée en gamme précis : l’Allemagne, à travers le corridor hydrogène SoutH2, promet un transfert de normes industrielles ; la Chine excelle dans la réalisation rapide d’infrastructures lourdes ; la Russie, au-delà des stéréotypes, amorce une coopération significative dans la pharmacie pour réduire la facture des importations ; les États-Unis offrent un accès à des technologies critiques, tandis que l’Italie demeure, par Eni et le gazoduc Transmed, le partenaire logistique de référence. C’est cette lecture par filière qui confère à la politique étrangère algérienne sa cohérence : il ne s’agit pas d’errer entre les blocs, mais de construire une spécialisation assumée où chaque pays occupe une niche que nul autre ne peut combler.

Ainsi, la visite de Pedro Sánchez ne prend tout son sens qu’à l’aune de cette stratégie de couverture. L’Espagne, par sa proximité et son histoire, demeure un partenaire privilégié, mais elle doit désormais composer avec un interlocuteur qui a fait le deuil de la dépendance. L’intensification des relations bilatérales, si elle aboutit à un cadre structuré de coopération industrielle, servira les intérêts des deux pays.