Sarah M
Le cancer du col de l’utérus reste l’un des rares cancers dont l’apparition peut être largement évitée grâce au dépistage et à une prise en charge précoce. C’est le principal message délivré par les spécialistes de l’Établissement hospitalier universitaire (EHU) « 1er Novembre 1954 » d’Oran à l’occasion d’une journée de sensibilisation consacrée à la santé reproductive de la femme, organisée dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de la population 2026.
Au-delà des chiffres, les médecins ont voulu attirer l’attention sur une réalité souvent méconnue : le cancer du col de l’utérus se développe lentement, parfois sur plus d’une décennie, offrant ainsi une véritable fenêtre d’intervention avant l’apparition de la maladie. Encore faut-il que les femmes aient recours au dépistage de manière régulière.
Vingt-deux cas pris en charge depuis le début de l’année
Les données présentées lors de cette rencontre illustrent l’ampleur de l’enjeu. Depuis le début de l’année, l’EHU d’Oran a pris en charge 22 cas confirmés de cancer du col de l’utérus, dont 15 ont nécessité une intervention chirurgicale, a indiqué la Dre Rabhi Ghania, spécialiste en gynécologie-obstétrique. Les patientes sont originaires de plusieurs wilayas de l’Ouest du pays et bénéficient d’un suivi assuré par une équipe multidisciplinaire mobilisant différentes spécialités médicales.
Placée sous le slogan « La santé reproductive de la femme », cette journée, initiée par le service d’épidémiologie et de médecine préventive en collaboration avec le service de gynécologie-obstétrique, a été marquée par une importante affluence. Les participantes ont pu échanger directement avec des médecins et des sages-femmes à travers plusieurs espaces d’information consacrés au dépistage des cancers féminins, à la grossesse, à l’allaitement maternel, à la planification familiale, à la contraception, à la prévention des infections sexuellement transmissibles ainsi qu’à l’hygiène menstruelle.
Le papillomavirus humain au cœur de la prévention
Les intervenants ont particulièrement insisté sur le rôle central du papillomavirus humain (HPV), responsable de la grande majorité des cancers du col de l’utérus. La médecin et sage-femme Ouasti Nour El Houda a expliqué que ce virus, transmis principalement lors des rapports sexuels, compte plus de 200 génotypes, mais que les souches 16 et 18 sont à elles seules responsables de la majorité des lésions susceptibles d’évoluer vers un cancer.
Selon les spécialistes, près de huit personnes sur dix seront exposées au HPV au cours de leur vie. Dans la plupart des situations, le système immunitaire élimine spontanément l’infection en quelques mois. En revanche, lorsque le virus persiste, il peut provoquer des modifications progressives des cellules du col de l’utérus qui, sans dépistage ni traitement, évoluent lentement vers un cancer après une période pouvant atteindre quinze années.
Les médecins ont également rappelé que plusieurs facteurs favorisent cette évolution, notamment le mariage précoce, les grossesses répétées, le tabagisme, l’usage prolongé de contraceptifs hormonaux sans surveillance médicale et, surtout, le retard dans le recours au dépistage. Les formes localisées apparaissent généralement dès la trentaine, tandis que les stades avancés sont plus souvent diagnostiqués chez des femmes d’une cinquantaine d’années.
Pour les spécialistes de l’EHU, le frottis cervico-utérin demeure un outil essentiel de prévention. Cet examen permet de détecter les anomalies cellulaires avant qu’elles ne deviennent cancéreuses et d’intervenir à un stade où les traitements sont les plus efficaces. Un premier contrôle est recommandé, suivi d’un nouvel examen un an plus tard si les résultats sont normaux, puis tous les trois ans. En cas d’anomalie, la patiente est immédiatement orientée vers une prise en charge spécialisée afin de définir le traitement le plus approprié.
En clôture de cette journée de sensibilisation, les équipes médicales ont lancé un appel aux femmes à ne pas attendre l’apparition des premiers symptômes pour consulter. Elles ont souligné que le cancer du col de l’utérus demeure une maladie largement évitable lorsque la prévention, le dépistage régulier et le suivi médical sont intégrés dans les habitudes de santé, faisant de l’information et de la vigilance les premiers remparts contre cette pathologie.




