Meriem B

À l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre les hépatites virales, le service de gastro-entérologie et d’hépatologie de l’Établissement hospitalo-universitaire (EHU) « 1er Novembre 1954 » d’Oran a organisé, mardi, une vaste campagne de sensibilisation destinée au grand public. Placée sous la supervision du Pr Chafika Manouni, cheffe du service, cette initiative a mis l’accent sur la prévention, le dépistage précoce et la vaccination contre les hépatites B et C, tout en dressant un bilan particulièrement encourageant des progrès réalisés dans la prise en charge de ces pathologies au sein de l’établissement.

Au-delà du volet préventif, cette journée a surtout permis de mettre en lumière des résultats qui traduisent l’efficacité de la stratégie nationale de lutte contre les hépatites virales. Depuis plus de dix ans, les équipes médicales de l’EHU multiplient les actions de sensibilisation auprès des citoyens, en parallèle d’une prise en charge spécialisée qui a fait de cet établissement l’un des centres de référence dans l’ouest du pays.

Des résultats qui témoignent d’une prise en charge efficace

Depuis 2008, l’EHU « 1er Novembre 1954 » figure parmi les premiers établissements hospitaliers algériens à avoir assuré la prise en charge des hépatites B et C et à avoir introduit la technique de diagnostic moléculaire par PCR dans l’ouest du pays.

Les chiffres présentés à cette occasion témoignent d’une évolution remarquable. Plus de 3 000 patients atteints d’hépatite C ont été traités avec succès à l’EHU d’Oran, avec un taux de guérison dépassant aujourd’hui 97 % grâce aux antiviraux de nouvelle génération. Entre 2008 et 2010 seulement, près de 1 300 patients avaient déjà bénéficié d’un traitement, avec un taux de guérison compris entre 90 et 95 %, avant même l’arrivée des thérapies les plus performantes.

Les efforts de prévention commencent également à produire des résultats tangibles. Entre 2020 et 2025, le nombre de nouvelles infections par le virus de l’hépatite C a diminué de plus de 50 %. Alors que le service recevait auparavant entre 50 et 60 nouveaux patients chaque mois, il n’en accueille désormais que huit à neuf, principalement orientés par d’autres praticiens.

Pour le Pr Chafika Manouni, ces résultats sont directement liés à la multiplication des campagnes d’information organisées depuis plus d’une décennie, lesquelles ont permis d’améliorer sensiblement le recours au dépistage et de favoriser une prise en charge précoce des malades.

Vaccination, dépistage et traitements : les trois piliers de la lutte

La responsable du service a rappelé que cette campagne s’inscrit dans les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui ambitionne d’éliminer les hépatites virales comme menace majeure de santé publique d’ici à 2030.

Elle a souligné que le virus de l’hépatite B peut provoquer des formes aiguës particulièrement sévères avant d’évoluer, chez certains patients, vers une maladie chronique. L’hépatite C, quant à elle, évolue souvent de manière silencieuse pendant plusieurs années avant de conduire à des complications graves telles que la cirrhose ou le cancer du foie lorsqu’elle n’est pas diagnostiquée suffisamment tôt.

Le Pr Manouni a rappelé que la vaccination contre l’hépatite B est intégrée au calendrier national depuis 2003. Les personnes nées à partir de cette date sont ainsi protégées contre cette infection, tandis que les adultes plus âgés sont invités à vérifier leur statut immunitaire et, si nécessaire, à bénéficier d’une vaccination complète.

Elle a également tenu à rassurer les patients en rappelant que les traitements contre les hépatites B et C sont aujourd’hui disponibles dans les structures hospitalières spécialisées. Les médicaments contre l’hépatite C, autrefois importés, sont désormais fabriqués en Algérie, une avancée qui a considérablement amélioré leur accessibilité et renforcé les capacités nationales de prise en charge.

Les spécialistes ont, par ailleurs, insisté sur l’importance du dépistage, qui demeure gratuit dans les établissements publics de santé. Selon eux, un diagnostic précoce permet de traiter les patients avant l’apparition de lésions irréversibles du foie et d’interrompre la chaîne de transmission du virus.

Des pratiques à risque toujours pointées du doigt

Le Dr Ahmed Rahmouni, médecin résident au service de gastro-entérologie et d’hépatologie, a rappelé que les hépatites B et C se transmettent principalement par le sang. Il a appelé les professionnels de santé, les patients sous hémodialyse ainsi que l’ensemble des citoyens à respecter rigoureusement les mesures de prévention et les règles d’asepsie.

Le praticien a particulièrement mis en garde contre certaines pratiques exercées en dehors du cadre médical, notamment les soins réalisés avec du matériel non stérilisé, certaines pratiques de médecine traditionnelle, les scarifications ou encore les séances de hijama effectuées sans garanties sanitaires. Selon lui, ces comportements continuent de favoriser la transmission des virus dans la société.

À travers cette nouvelle campagne, les équipes médicales de l’EHU « 1er Novembre 1954 » entendent poursuivre leurs actions de proximité afin d’encourager le dépistage volontaire, d’améliorer la couverture vaccinale et d’assurer une prise en charge rapide des personnes infectées. Une démarche qui s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale visant à éliminer les hépatites virales à l’horizon 2030 et qui, au regard des indicateurs enregistrés à Oran, commence déjà à porter ses fruits.