Habib Benaouda
L’urbanisation anarchique continue de progresser dans la zone de Benarba Roché, relevant territorialement de la commune d’Oran, notamment au lieu-dit « Echattia ». La multiplication des constructions qui y seraient réalisées dans des conditions pour le moins contestables soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations sur la situation foncière de ces terrains et sur le respect des règles encadrant l’urbanisme et la construction.
Selon les éléments avancés par l’Académie algérienne de l’action humanitaire et des droits de l’homme, par la voix de M. Sid Ahmed Youcef, des travaux seraient notamment effectués durant les heures nocturnes. Un mode opératoire qui, s’il venait à être confirmé, ne manquerait pas d’interpeller, notamment sur les raisons qui conduiraient certains intervenants à privilégier la nuit pour poursuivre leurs travaux. Une pratique qui pourrait, le cas échéant, viser à réduire les risques de contrôle et à faire progressivement émerger un fait accompli sur le terrain.
Le phénomène paraît toutefois dépasser la seule question de constructions édifiées sans autorisation ou en violation des règles d’urbanisme. Les informations rapportées font également état d’opérations de morcellement de terrains suivies de leur mise en vente à des personnes étrangères à la région. Une situation qui pose une série de questions sur l’origine de ces parcelles, leur statut juridique, les conditions dans lesquelles elles auraient été subdivisées et, surtout, les documents sur lesquels reposeraient les éventuelles transactions.
Des parcelles transformées en lots à bâtir
C’est précisément sur ce volet foncier que se concentrent les principales interrogations. Le morcellement d’un terrain n’est pas en soi synonyme d’irrégularité, mais il doit s’effectuer dans le respect des procédures et des règles applicables. Dans le cas présent, la vérification de la nature juridique des terrains et de la régularité des opérations de subdivision apparaît donc comme un préalable indispensable à toute conclusion.
S’il s’agit de propriétés privées, les services compétents devront notamment s’assurer de la validité des titres, de la délimitation exacte des parcelles et de la conformité des opérations de morcellement. Si les terrains relèvent, en revanche, du domaine public ou du domaine de l’État, la question devient autrement plus sensible, puisqu’il conviendrait alors de déterminer les conditions dans lesquelles ces espaces auraient été occupés ou cédés et sur quelle base juridique.
La mise en vente de parcelles à des personnes extérieures à la zone appelle également à vérifier l’existence éventuelle d’intermédiaires ou de courtiers intervenant dans la recherche d’acquéreurs et la commercialisation des terrains. Il importe, dans ce cadre, d’identifier les personnes à l’origine du morcellement, celles qui auraient procédé à la vente ainsi que les éventuels bénéficiaires des transactions. Autant d’éléments qui ne peuvent être établis qu’à travers un examen des documents et des actes concernés.
Le risque du fait accompli
Au-delà de la question des responsabilités éventuelles, c’est la rapidité avec laquelle une telle situation pourrait évoluer qui inquiète. Chaque nouvelle construction achevée réduit en effet la marge de manœuvre des autorités et complique toute intervention ultérieure. Des parcelles initialement isolées peuvent progressivement donner naissance à un ensemble résidentiel, avec ses propres occupants, ses accès et ses besoins en équipements et réseaux.
Le risque est alors de voir une urbanisation dépourvue de planification s’installer durablement, avant que les pouvoirs publics ne soient contraints d’intervenir pour tenter de rattraper une situation devenue beaucoup plus complexe. Assainissement, alimentation en eau potable, voirie, éclairage public et autres équipements de base pourraient ainsi devenir, à terme, autant de charges supplémentaires pour la collectivité.
Dans ce contexte, une intervention précoce apparaît d’autant plus nécessaire que les travaux seraient, selon les informations rapportées, poursuivis à des horaires susceptibles d’échapper aux contrôles habituels. Une simple surveillance durant la journée pourrait dès lors ne pas suffire. Des contrôles inopinés, effectués à différents moments, permettraient d’obtenir une image plus fidèle de la réalité et de vérifier concrètement la nature et le rythme des travaux.
Une vérification sur le terrain attendue
Une sortie de terrain associant les services de l’urbanisme, les services techniques de la commune et les administrations concernées permettrait ainsi de dresser un état précis des lieux. Il s’agirait notamment de recenser les constructions récemment apparues, d’identifier les chantiers en cours, de déterminer la nature des travaux et de vérifier l’identité des propriétaires ou occupants, ainsi que les documents justifiant leur présence et leurs droits sur les terrains.
Pour les habitants de la zone et l’opinion publique locale, les attentes portent toutefois sur un champ plus large. Il ne s’agit pas seulement de savoir qui construit et dans quelles conditions, mais également de comprendre d’où proviennent les terrains, comment ils ont été divisés et selon quelles modalités ils auraient été éventuellement commercialisés.
Dans un dossier de cette nature, la vérité ne peut en effet être établie à partir des seules constatations visuelles. Elle doit nécessairement résulter du rapprochement entre la situation réelle du terrain et les documents fonciers, administratifs et, le cas échéant, les actes de cession ou de vente.
Si les faits rapportés venaient à être confirmés, l’enjeu dépasserait donc largement le cas de quelques constructions isolées. Il s’agirait de déterminer si un mécanisme plus large de morcellement, de commercialisation et de construction est progressivement en train de se mettre en place. Une telle dynamique pourrait favoriser l’émergence de nouveaux îlots d’habitat informel et créer, à terme, des situations particulièrement difficiles à résorber.
Le dossier soulevé par l’Académie algérienne de l’action humanitaire et des droits de l’homme mérite, à ce titre, une vérification officielle et approfondie. L’objectif ne saurait être de désigner prématurément des responsables, mais d’établir les faits, de clarifier le statut juridique des terrains et de déterminer, documents à l’appui, si des infractions ont effectivement été commises.
À Benarba à Roché, et plus particulièrement à Echattia, l’enjeu est désormais d’éviter que le temps ne transforme de simples constructions éparses en un véritable tissu urbain imposé de fait. Car une fois le béton installé, les habitants présents et les réseaux à créer, le coût de la régularisation ou de la résorption d’une urbanisation anarchique risque d’être autrement plus lourd que celui d’une intervention menée suffisamment tôt.




