Wassila. B

Le lourd tribut des accidents de la route en Algérie est depuis longtemps un fléau national, mais la récente vague de crashes impliquant des bus et des poids lourds (44 morts et 132 blessés en seulement deux semaines) a incité le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, à prendre des mesures phares. Le ministre a notamment annoncé une mesure qui frappe en plein cœur du problème : l’activation et l’utilisation obligatoires des chronotachygraphes, ou enregistreurs de vitesse et de temps de conduite, à bord de tous les bus et camions. « Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, a présidé mardi 18 août 2026, au Palais du Gouvernement, une réunion de coordination en présence de cadres du ministère, consacrée à l’examen et au suivi des préparatifs liés à l’activation et à l’exploitation du chronotachygraphe à bord des véhicules de poids lourd et de transport de voyageurs », précise la même source. A cette occasion, le ministre a donné « une série d’instructions visant à accélérer le rythme des préparatifs et à parachever les différentes procédures et dispositions techniques et organisationnelles et afférentes, en sus d’élaborer les propositions et les visions à même de concrétiser ce dispositif », ajoute le communiqué. Ce n’est pas une simple mise à niveau technique ; c’est un impératif moral et opérationnel. Après des années de statistiques funestes (près de 4 000 vies perdues en 2025 seulement) le gouvernement se dote d’un œil impartial pour surveiller les excès insensés qui transforment les routes en champs de bataille.

Cette décision répond directement aux preuves accablantes livrées par les récentes enquêtes. À Boumerdès, un chauffeur a été flashé à plus de 121 km/h sur une route limitée à 60 km/h ; à Aïn Sefra, l’excès de vitesse a de nouveau été cité comme facteur principal. Il ne s’agit pas d’anecdotes isolées, mais des symptômes d’une culture systémique où les véhicules lourds sont pilotés comme des bolides et où des conducteurs épuisés repoussent leurs limites humaines. Le chronotachygraphe n’est pas un simple « mouchard » ou espion ; c’est un gardien de la responsabilité. En enregistrant à la fois la vélocité et les temps de repos, il permettra enfin aux autorités de distinguer les accidents malheureux des crimes évitables, et de sanctionner ceux qui traitent la sécurité publique comme un détail.

Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large et cohérente. Le gouvernement a déjà révisé le Code de la route, durci les sanctions et lancé un vaste programme de renouvellement du parc, important 10 000 nouveaux bus tout en retirant progressivement les véhicules de plus de 25 ans. Le chronotachygraphe complète cet arsenal en ciblant le facteur humain ; la variable la plus imprévisible et la plus dangereuse de toutes. Il envoie un signal clair : désormais, chaque kilomètre parcouru sera traçable, chaque infraction enregistrée et chaque conducteur tenu pour responsable. Il ne s’agit pas d’une surveillance pour elle-même, mais de restaurer la confiance dans un système qui a trop déçu trop de familles.

Alors que l’Algérie s’apprête à mettre en œuvre ce dispositif dans les mois à venir, le succès de l’initiative fera l’objet d’un suivi rigoureux : des délais précis, des sanctions calibrées et une formation adaptée pour les contrôleurs comme pour les transporteurs. Le ministère veillera aussi à ce que les données collectées soient utilisées comme un instrument de salut public. La direction est désormais tracée. Par ce geste audacieux, le ministre Sayoud a honoré la mémoire des victimes en transformant le deuil en action. Il est temps que tous les usagers de la route (conducteurs, entreprises et régulateurs) embrassent cette nouvelle ère de responsabilité, car chaque vie sauvée est une victoire sur le terrorisme du bitume.