Washington reconnaît le poids stratégique de l’Algérie

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Wassila. B

Pour la troisième fois depuis juillet 2025, Massad Boulos est de retour à Alger. Le conseiller spécial de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et le Premier ministre Sifi Ghrieb. Au menu : la « solidité » des relations algéro-américaines et la nécessité de préserver la « stabilité régionale ». Derrière le langage diplomatique, le déplacement révèle surtout une réalité nouvelle : Washington manifeste un intérêt croissant pour Alger. Le symbole le plus significatif de cette visite réside dans la rencontre entre Boulos et Nour Eddine Daoudi, PDG de Sonatrach. Que le patron de la compagnie nationale soit placé au cœur de cette séquence diplomatique n’est évidemment pas anodin. L’énergie n’est plus un simple volet de la relation bilatérale : elle en constitue désormais l’un des principaux ressorts. L’intérêt manifesté par ExxonMobil et Chevron pour l’exploration onshore et offshore, mais aussi pour les hydrocarbures non conventionnels et les énergies renouvelables, confirme cette évolution. Les grandes compagnies américaines ne viennent pas seulement chercher des opportunités commerciales : elles cherchent à s’inscrire dans un marché où l’Algérie dispose de ressources, d’une expertise reconnue et d’un potentiel considérable. Alger se trouve ainsi en position de sélectionner ses partenaires et de négocier des coopérations susceptibles d’accompagner sa propre transformation énergétique.

Cette dynamique prend une dimension supplémentaire à la lumière des déclarations de Mark Shapiro, chargé d’affaires américain, qui a qualifié l’Algérie de « plus grand pays d’Afrique » et d’« acteur clé de la sécurité énergétique » de l’Europe. Au-delà de la formule diplomatique, le message est limpide. Dans un environnement marqué par les incertitudes géopolitiques et la recherche européenne de nouvelles sources d’approvisionnement énergétique, la stabilité et les ressources algériennes constituent des atouts stratégiques.

Mais l’intérêt américain ne se limite pas aux hydrocarbures. L’autre enseignement de cette séquence tient à la diversification progressive des instruments de coopération économique. L’accord conclu entre le CREA et l’AmCham à l’issue du Select USA Investment Summit, avec la perspective d’un forum d’affaires bilatéral et d’un programme d’action commun, s’inscrit dans cette logique. La réception de la délégation algérienne par le département du Commerce américain vient renforcer cette architecture.

Alger privilégie ainsi une méthode : multiplier les canaux de coopération plutôt que miser sur une relation exclusive. Les propos de Shapiro sur les cinquante États américains, chacun disposant de ses propres leviers économiques, ouvrent à cet égard des perspectives intéressantes. La diplomatie économique algérienne peut exploiter cette diversité en ciblant les territoires les plus complémentaires : le Texas pour l’énergie, la Géorgie pour la logistique ou encore la Floride pour les services. Cette approche correspond à la ligne que l’Algérie cherche à consolider depuis plusieurs années : diversifier ses partenariats, préserver ses marges de décision et transformer son poids économique en influence durable.