
Wassila.B
Le baril flambe, le gaz s’affole, et les places financières retiennent leur souffle. Alors que le Brent a franchi, hier, la barre des 82 dollars, une vérité brutale s’impose à nous : l’économie mondiale est redevenue l’otage de la géopolitique. L’agression illégale de l’Iran par les États-Unis et l’entité sioniste, avec l’escalade militaire qui s’en est suivie et les perturbations dans le détroit d’Ormuz, ne se contente pas d’enflammer les cours du pétrole ; elle fissure les fondations d’une reprise post-pandémique déjà fragile. Le détroit d’Ormuz, cet étroit goulet d’étranglement par lequel transite près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole, est le thermomètre de la santé économique de la planète. Chaque missile, chaque navire arraisonné dans cette région y fait monter la fièvre. La hausse de 1,81 % du Brent hier matin n’est pas une simple correction technique : c’est le signal d’alarme d’un marché qui intègre une « prime de risque » durable. Les investisseurs alertent sur le chaos, anticipant des ruptures d’approvisionnement qui n’ont pas encore eu lieu mais dont la simple menace suffit à désorganiser l’appareil productif mondial. Car les conséquences dépassent très largement le cercle des traders. Cette nouvelle flambée des prix de l’énergie agit comme un impôt déguisé sur les classes moyennes et les industries les plus vulnérables.
Reste une question que les marchés, dans leur froide arithmétique, ne veulent pas poser : qui porte la responsabilité de ce désordre ? Car si l’Iran exerce son droit légitime à répondre à l’agression sur son territoire et à ses intérêts, ce sont bien Washington et l’entité sioniste qui ont allumé la mèche. En violant la souveraineté iranienne par des frappes et des sabotages, en attisant les flammes d’un conflit régional que les populations civiles paient au prix fort, les véritables artisans de ce choc pétrolier ne siègent pas à Téhéran, mais dans les capitales occidentales. Ce sont leurs choix unilatéraux, leur mépris du droit international et leur appui inconditionnel à l’occupation qui ont mis le feu aux poudres. Aujourd’hui, alors que le baril flambe et que l’inflation étrangle les foyers les plus modestes d’Europe et d’ailleurs, ces mêmes gouvernements osent jouer les victimes. Mais le monde voit clair : l’instabilité actuelle a un nom, et elle est importée. Pendant que les puissances agressives espéraient déstabiliser Téhéran, ce sont elles qui, par leur irresponsabilité, déstabilisent l’économie de leurs propres alliés. En Europe, où le cours du gaz avait bondi de 65% en début de semaine avant de se stabiliser hier, c’est le spectre de la désindustrialisation dans de nombreux pays qui refait surface. Les usines, déjà confrontées à une compétitivité en berne, voient leurs marges s’évaporer. Pour les ménages, c’est la promesse d’un hiver 2024 sous le signe de l’austérité énergétique, ravivant le souvenir des tensions sociales à travers le monde. Mais le pire est peut-être ailleurs. Dans un contexte de resserrement monétaire où les banques centrales tentent de juguler l’inflation mondiale, un choc pétrolier d’origine géopolitique est le pire des cauchemars. Pendant ce temps, l’Iran résiste aux agressions. En menaçant le trafic dans le Golfe, Téhéran sait qu’il tient l’Occident par une dépendance stratégique.


