Wassila. B

L’agriculture algérienne vit une mutation historique. Longtemps perçue comme un secteur traditionnel, tributaire des aléas climatiques et des importations massives, elle amorce aujourd’hui une véritable révolution silencieuse. Celle-ci ne se fait ni par décret, ni par des discours incantatoires, mais par un levier fondamental trop longtemps sous-exploité : la recherche scientifique. En annonçant le lancement de deux projets stratégiques, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Yacine El-Mahdi Oualid, pose un jalon essentiel dans la construction d’une agriculture moderne, performante et souveraine. Ces initiatives, issues d’une coopération renforcée avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, illustrent une prise de conscience salutaire : l’avenir de notre sécurité alimentaire se joue désormais dans les laboratoires autant que dans les champs.

Le premier projet concerne la création d’une unité de production de plants issus de culture tissulaire, localisée au Centre de recherche en biotechnologie de Constantine. Avec une capacité ambitieuse de 10 millions de plants par an, cette infrastructure, développée en partenariat avec l’Entreprise de développement des cultures stratégiques, ciblera prioritairement la filière banane. Ce choix n’a rien d’anodin. La banane représente aujourd’hui un poste d’importation colossal, grevant notre balance commerciale d’environ 300 millions de dollars annuellement. Produire localement des plants de qualité, c’est non seulement réduire cette facture, mais c’est aussi offrir aux agriculteurs une opportunité inédite de développement. Pour accompagner cette dynamique, l’État mettra à disposition plus de 4.700 hectares de terres agricoles dans les régions propices à cette culture. C’est un signal fort envoyé aux investisseurs et aux fellahs : l’Algérie ne se contente plus d’importer des plants, elle crée les conditions de leur production locale. À terme, cette unité pourra élargir son spectre à d’autres variétés, ouvrant ainsi la voie à une véritable industrie du plant national. Le second projet est tout aussi prometteur. Il s’agit de la création d’une institution spécialisée dans la production de semences, notamment de maïs grain et de légumes hybrides. Ici, c’est l’université de Tiaret qui est mise à contribution, en partenariat avec l’Entreprise de développement des cultures agricoles stratégiques. L’ambition est de développer des semences locales adaptées aux spécificités climatiques de notre pays, loin des variétés importées souvent inadaptées à nos sols et à nos contraintes hydriques. Derrière ces deux projets, c’est toute une philosophie qui s’exprime. Comme l’a souligné le ministre, il s’agit de « transformer les résultats de la recherche scientifique en projets économiques concrets ». Cette approche pragmatique rompt avec le passé où les travaux des chercheurs restaient trop souvent confinés dans les laboratoires, sans application pratique. Désormais, chercheurs, professionnels du secteur et entreprises économiques sont appelés à travailler main dans la main pour accélérer le passage de la théorie à la mise en œuvre sur le terrain.