
Wassila. B
Longtemps, l’Algérie fut présentée comme une économie mono-exportatrice, qui s’appuie sur sa rente hydrocarbonée. Ce temps-là s’est effacé. Non pas dans les déclarations d’intention, mais sur le terrain, camion par camion, cargaison par cargaison. De Mostaganem à Tindouf, de Blida à Biskra, une dynamique nouvelle est à l’œuvre : celle d’un « Made in Algeria » qui ne rougit plus de son étiquette, mais l’arbore comme un trophée.
Le 11 avril dernier, l’événement a marqué un tournant symbolique. Trente-cinq cargaisons issues de treize wilayas ont pris la direction de dix-neuf pays. Les produits ? Une palette étonnamment diverse : tomates cerises, dattes, produits laitiers, mais aussi textile, céramique, électroménager, pièces de rechange et matériaux de construction. Fini le temps où l’exportation algérienne rimait essentiellement avec gaz et pétrole. Désormais, c’est tout un tissu productif qui s’expose aux exigences du marché mondial.
Quelques jours plus tard, Blida confirmait la tendance : six opérations vers la France, l’Espagne, la Tunisie, la Mauritanie et même la Chine. Avec, dans les camions, de la laine traitée pour l’empire du Milieu, des fournitures médicales, des cosmétiques et des denrées alimentaires. La base exportatrice s’élargit, se densifie, se professionalise.
Et que dire de Tindouf ? Cette région souvent perçue comme excentrée a lancé trente-trois expéditions vers la Mauritanie, en présence de diplomates africains. Symbole d’une intégration régionale qui, elle aussi, se construit dans les faits plus que dans les discours.
Ce mouvement n’est pas le fruit du hasard. Il repose sur une volonté publique assumée : incitations fiscales, simplification des procédures, renforcement des postes frontaliers comme celui de Chahid Mustapha Ben Boulaïd. Mais il repose surtout sur une audace privée, celle d’opérateurs qui ont choisi de ne plus attendre. Comme le note Tarek Boulmerka, président de l’ANEXAL, cette dynamique devrait prendre une nouvelle dimension lors de la Foire de Nouakchott début mai, qui réunira plus de 250 exposants algériens.
Le gouvernement mise sur un renforcement des dispositifs d’accompagnement, un élargissement de la gamme exportée et une meilleure visibilité du label «Made in Algeria». Les infrastructures logistiques jouent ici un rôle clé. Les postes frontaliers, comme celui de Chahid Mustapha Ben Boulaïd, contribuent à fluidifier les échanges et à réduire les contraintes liées au transport. Leur modernisation reste essentielle pour soutenir cette dynamique. Mais au-delà des chiffres, c’est une transformation plus profonde qui est à l’œuvre. Longtemps marginale, l’exportation devient aujourd’hui un véritable moteur de croissance.
Reste un défi majeur : la régularité. Exporter une fois est une promesse. Exporter toujours est une preuve. Les pouvoirs publics le savent, et misent sur l’amélioration des infrastructures logistiques et la montée en gamme du label « Made in Algeria ». Mais le signal est clair : une page se tourne. Longtemps marginale, l’exportation hors hydrocarbures devient un véritable moteur de croissance. L’Algérie ne cherche plus seulement à vendre ses richesses du sous-sol. Elle apprend à faire valoir celles qui sortent de son sol et de ses usines. Et c’est peut-être là la plus belle des révolutions.


