Sarah M

L’âge de la première cigarette ne cesse de reculer. À Oran, des enfants découvrent désormais le tabac entre 12 et 14 ans, un phénomène qui inquiète fortement les spécialistes des maladies respiratoires. À l’occasion des journées portes ouvertes organisées par le service de pneumologie de l’EHU d’Oran, 1er Novembre 1954, les professionnels de santé ont mis en garde contre des stratégies de séduction de plus en plus sophistiquées visant les plus jeunes.

Arômes sucrés, emballages attractifs, cigarettes électroniques ou encore chicha : autant de produits et de pratiques qui contribuent, selon les médecins, à banaliser le tabac auprès des adolescents. « La première cigarette est souvent la porte d’entrée vers d’autres formes d’addictions », avertit le Pr Aïssa Ouardi, chef du service des maladies respiratoires, soulignant que le jeune âge des consommateurs les rend particulièrement vulnérables aux mécanismes de dépendance.

Pour le spécialiste, la prévention doit commencer au sein de la famille. Il appelle les parents à briser le silence autour du tabac et à engager un dialogue permanent avec leurs enfants afin de leur permettre d’identifier les tentatives d’influence auxquelles ils sont exposés. « Refuser la première cigarette demeure la meilleure protection », insiste-t-il.

Des décès évitables chaque jour

Au-delà du phénomène du tabagisme précoce, les médecins alertent sur l’ampleur des conséquences sanitaires. Le tabac reste l’un des principaux facteurs de risque du cancer du poumon, mais aussi des maladies cardiovasculaires et respiratoires chroniques. Selon le Pr Ouardi, les services hospitaliers enregistrent désormais des cas de cancer du poumon chez des patients âgés d’à peine 40 ou 45 ans, souvent après plusieurs décennies de consommation régulière.

Le praticien rappelle également que le tabagisme serait responsable d’environ 15 000 décès par an en Algérie, soit près de quarante morts chaque jour. Un lourd tribut humain auquel s’ajoutent les coûts économiques et sociaux liés à la prise en charge des malades.

Une mobilisation collective réclamée

Face à cette situation, le spécialiste plaide pour une stratégie globale impliquant l’école, la famille, les médias, les professionnels de santé et les pouvoirs publics. Il appelle notamment à une application plus stricte de l’interdiction de vente des cigarettes aux mineurs, ainsi qu’au renforcement des campagnes de sensibilisation tout au long de l’année.

Parallèlement, l’EHU d’Oran dispose d’une unité spécialisée dans le sevrage tabagique où quarante patients sont actuellement suivis. Médecins, psychologues et personnels formés y assurent un accompagnement régulier, particulièrement durant les trois premiers mois, considérés comme la période la plus délicate dans le processus d’arrêt du tabac.

Les journées portes ouvertes, qui se poursuivent durant trois jours, proposent aux visiteurs des examens respiratoires, des évaluations de la dépendance nicotinique et des conseils personnalisés. Une initiative qui vise, au-delà de l’information, à faire de la lutte contre le tabagisme une responsabilité partagée par l’ensemble de la société.