Habib Benaouda 

Un marché public portant sur l’acquisition de réservoirs d’eau et de leurs équipements annexes au profit de 24 écoles primaires de la commune de Hassi Bounif se retrouve au cœur d’une double enquête administrative et judiciaire. L’Inspection générale de la wilaya d’Oran a engagé de récentes investigations à la suite d’un signalement mettant en cause les montants facturés pour certains équipements, jugés largement supérieurs aux prix habituellement pratiqués sur le marché national. Les conclusions de cette procédure pourraient déboucher, le cas échéant, sur des suites judiciaires si des irrégularités étaient établies.

Selon les premiers éléments recueillis, les investigations portent principalement sur les conditions financières du marché et, plus particulièrement, sur les prix retenus pour l’acquisition des réservoirs d’eau. Les enquêteurs s’intéressent notamment à la facturation d’un réservoir en plastique de 1 000 litres, dont le coût unitaire avoisinerait 54 000 dinars. Or, plusieurs opérateurs spécialisés commercialisent, selon les observations ayant motivé l’ouverture de l’enquête, des modèles similaires à des tarifs sensiblement inférieurs. Les services de contrôle cherchent ainsi à déterminer si les caractéristiques techniques des équipements, leur niveau de qualité ou les conditions de leur installation sont de nature à justifier un tel différentiel.

Le champ des investigations ne se limite toutefois pas aux seuls réservoirs. Les contrôleurs passent également au crible l’ensemble des équipements intégrés au marché, notamment les pompes hydrauliques, les installations électriques, les conduites de raccordement, les vannes et les différents accessoires destinés aux établissements scolaires. Là encore, des interrogations ont été soulevées quant aux montants facturés, certains étant considérés comme particulièrement élevés au regard des prix observés sur le marché national. Une expertise technique et financière a ainsi été engagée afin d’évaluer la conformité des coûts avec la valeur réelle des équipements acquis.

Parallèlement, les enquêteurs examinent la pertinence des quantités commandées au regard des besoins effectifs des 24 écoles bénéficiaires. L’analyse porte également sur l’ensemble de la procédure de passation du marché, depuis l’élaboration du cahier des charges et des spécifications techniques jusqu’à l’évaluation des offres, l’attribution provisoire et définitive du contrat, ainsi que les opérations de réception des équipements. L’objectif est de vérifier le strict respect des dispositions régissant les marchés publics et d’identifier d’éventuels manquements procéduraux.

Les investigations s’étendent également à la conformité des installations réalisées dans les établissements scolaires. Les services compétents vérifient si les équipements mis en place répondent effectivement aux spécifications contractuelles et si les travaux ont été exécutés conformément aux normes requises. Ils cherchent également à établir les responsabilités administratives susceptibles d’être engagées à chacune des étapes du projet, depuis sa conception jusqu’au contrôle de son exécution.

Selon des sources concordantes, le dossier est également examiné au niveau du tribunal de Gdyel, dans l’attente de l’achèvement de certaines formalités juridiques, notamment la réponse attendue du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire. Cette étape pourrait ouvrir la voie à d’éventuelles poursuites si les investigations devaient mettre en évidence des faits susceptibles de constituer un préjudice aux deniers publics ou d’autres infractions prévues par la législation en vigueur.

L’Inspection générale de la wilaya d’Oran devrait remettre son rapport final à l’issue de l’examen exhaustif des pièces administratives et financières, ainsi que des auditions des différents intervenants. Ce document devra déterminer si les prix appliqués pour les réservoirs, les pompes et les équipements annexes reposent sur des justifications techniques et juridiques suffisantes ou s’ils révèlent des écarts injustifiés susceptibles d’entraîner des mesures administratives, voire une transmission du dossier à la justice.

À ce stade, aucune conclusion officielle n’a établi l’existence d’irrégularités ni retenu de responsabilités pénales. Le dossier demeure au stade des investigations et relève désormais de l’appréciation des autorités de contrôle et des juridictions compétentes, seules habilitées à statuer sur les suites à donner à cette affaire, dans le respect de la présomption d’innocence et des principes de transparence, de bonne gouvernance et de protection des deniers publics.