Hafida Merioua

À l’heure où l’économie de la connaissance redéfinit les équilibres géopolitiques mondiaux, l’intelligence artificielle (IA) et la cybersécurité s’imposent comme des leviers incontournables de développement, d’innovation et de souveraineté numérique. C’est dans cette perspective que s’est tenue, du 13 au 15 juillet 2026 à Hammamet (Tunisie), la première édition du Sommet africain sur l’intelligence artificielle et la cybersécurité, une rencontre qui a réuni responsables gouvernementaux, présidents d’université, enseignants-chercheurs, experts et représentants d’institutions académiques et économiques venus de plusieurs pays d’Afrique et du monde arabe.

Initiée par le Conseil arabe de coopération scientifique, cette rencontre d’envergure a été placée sous la conduite du Dr Hicham Kadi, président du Conseil, artisan de cette initiative qui ambitionne de fédérer les universités, les centres de recherche et les décideurs autour d’une vision commune de la transformation numérique. La coordination scientifique des travaux a, par ailleurs, été assurée par la Dre Hafidha Merioua, enseignante à l’Université d’Oran 2 et vice-présidente du Conseil.

Placée sous le thème « Vers une gouvernance numérique intelligente et sécurisée au service de la transformation numérique des gouvernements africains », cette première édition a mis en évidence l’impératif d’une approche globale de la transition numérique, reposant non seulement sur les technologies de pointe, mais également sur un cadre réglementaire adapté, des infrastructures performantes, des compétences qualifiées et une véritable culture de la cybersécurité.

À travers le Conseil arabe de coopération scientifique, l’Algérie a affirmé son ambition de promouvoir un espace scientifique arabo-africain fondé sur la complémentarité, le partage des connaissances et la coopération institutionnelle durable. Loin des initiatives ponctuelles, cette démarche entend repositionner l’université et les centres de recherche comme des acteurs stratégiques du développement économique et de la prise de décision.

Un projet scientifique transnational

Sous l’impulsion du Dr Hicham Kadi, cette initiative s’est progressivement imposée comme un véritable projet scientifique transnational réunissant chercheurs, universitaires, experts et décideurs autour d’un objectif commun : bâtir des partenariats pérennes capables de produire des connaissances, de stimuler l’innovation et de concevoir des solutions technologiques adaptées aux besoins spécifiques des pays africains et arabes.

Les intervenants ont souligné que la compétition mondiale dans les domaines de l’intelligence artificielle ne se gagnera pas uniquement à travers les investissements financiers, mais surtout grâce à la capacité des États à développer des écosystèmes scientifiques performants, à rapprocher la recherche du tissu économique et à former une nouvelle génération de compétences maîtrisant les technologies de demain.

Les travaux du sommet ont mis en exergue le rôle déterminant de l’intelligence artificielle dans l’amélioration des services publics et la modernisation de secteurs stratégiques tels que la santé, l’éducation, l’agriculture, l’industrie ou encore l’énergie.

Les experts ont toutefois insisté sur le fait que cette mutation ne saurait être pleinement efficace sans des dispositifs robustes de cybersécurité, capables de protéger les infrastructures critiques, de sécuriser les données stratégiques et de faire face à la multiplication des cybermenaces.

La recherche scientifique s’est imposée comme l’un des principaux axes de réflexion du sommet. Les participants ont plaidé en faveur d’universités davantage tournées vers la production du savoir, de centres de recherche connectés aux réalités économiques et sociales, ainsi que de partenariats renforcés entre le monde académique et les secteurs public et privé.

Ils ont également appelé à intensifier les projets de recherche collaboratifs, les échanges d’expertise, les programmes de formation et la création de réseaux scientifiques arabo-africains capables de proposer des réponses innovantes aux défis du développement du continent.

Au-delà des recommandations, le sommet a marqué une étape importante avec la signature d’un accord de partenariat entre le Conseil arabe de coopération scientifique et l’Université de Gafsa (Tunisie).

Échanges d’expertises

Cette convention prévoit le développement de projets de recherche conjoints, l’encouragement de l’innovation, les échanges de compétences, ainsi que l’organisation de conférences, séminaires et ateliers scientifiques destinés à renforcer la qualité de l’enseignement supérieur et à rapprocher les résultats de la recherche des besoins liés à la transformation numérique et au développement durable.

Cet accord inaugure une nouvelle phase dans la stratégie du Conseil, qui ambitionne d’étendre progressivement son réseau de partenariats à d’autres universités et centres de recherche du monde arabe et de l’Afrique afin de bâtir un véritable écosystème scientifique intégré.

Au terme de leurs travaux, les participants ont réaffirmé que l’avenir de l’Afrique dépendra moins de l’exploitation de ses ressources naturelles que de sa capacité à investir durablement dans le capital humain, la recherche scientifique, l’innovation et l’enseignement supérieur.

Ils ont appelé à passer d’une logique de concertation à une dynamique de réalisation concrète, en multipliant les projets scientifiques communs et en consolidant les réseaux institutionnels de coopération pour accompagner les profondes mutations numériques à l’échelle mondiale.

Bien plus qu’une simple rencontre académique, le Sommet de Hammamet s’est ainsi imposé comme un jalon stratégique dans la construction d’une coopération scientifique et technologique renouvelée entre l’Afrique et le monde arabe. Une ambition portée par les compétences universitaires et les acteurs de la recherche, avec l’objectif de faire de la connaissance, de l’innovation et de la souveraineté numérique les piliers d’un développement durable partagé.