Boualem. Belhadri

Cinquante-neuf ans après les manifestations, qui ont marqué, indélébilement, un certain vendredi 9 décembre 1960, Ain Témouchent, les populations autochtones ont été imprimées par de sanglantes émeutes. La population, essentiellement ramenée, de force ou de gré, des zones rurales des régions environnantes n’a pas oublié, ces moments atroces lorsque la voiture noire déposa le général De Gaulle devant l’hôtel de ville, première étape de sa visite en terre algérienne. Une étape du grand projet pour lequel la France devait mettre en place « un système de coopération » c’est-à-dire souligne le juriste Guy Feuer « un ensemble organisé et articulé d’éléments plus ou moins interdépendants ». Le « traité de coopération et de défense » que la France devait signer formellement avec ses colonies est bâtit selon une architecture et un contenu unique. Il inclut l’ensemble des domaines de coopération (zone Franc, coopération commerciale et douanière, coopération culturelle, coopération militaire, etc.). Ce système s’impose en bloc pour l’ancienne colonie comme le soulignait de manière paternaliste le premier ministre Michel Debré le 15 juillet 1960 qui disait « On donne l’indépendance à condition que l’État s’engage une fois indépendant à respecter les accords de coopération signés antérieurement : il y a deux systèmes qui entrent en vigueur en même temps : l’indépendance et les accords de coopération.
L’un ne va pas sans l’autre. » La coopération envisagée n’est donc que la poursuite de la dépendance sous de nouveaux atouts. Et à peine a-t-il entamé son toast à partir du perron de l’hôtel de ville, et non un discours comme certains l’ont fait croire, selon quelques témoignages, que De gaulle, surpris par la tournure des évènements, fut contraint de sortir par l’issue de secours. Des affrontements ont alors éclaté entre musulmans et Européens faisant plusieurs blessés et de nombreuses arrestations.
Et face aux ovations acclamant les slogans du clan « Algérie Française », il était évidemment sûr que la réaction des musulmans ne va pas se faire attendre. Une réaction musclée que certains attribue au FLN, qui aurait tout préparé, alors que d’autres témoignages continuent de la mettre sous le sceau de la spontanéité. Plusieurs personnalités historiques et intellectuelles ont été invitées pour apporter leurs témoignages et éclairer la population sur ce pan de l’histoire. À ce jour, les bribes d’information sur ces manifestations laissent la jeune génération à sa faim.
Aussi l’on souhaite que l’Association du 9 décembre1960 sort de son mutisme et ne doit pas restée timorée car, à ce jour, la population demeure sans réponse et attend toujours un hypothétique travail de recherche et de mémoire pour l’écriture de l’histoire. Selon des observateurs la tendance dominante du camp “Algérie algérienne », prôné par le général De Gaulle, « voulait faire de l’Algérie un département d’outre-mer », selon Miloud Reguieg, écrivain et auteur du livre Ain Témouchent à travers les époques. Cependant notre confrère Saïd Mouas, fera remarquer : « Les irréductibles du front de l’Algérie française s’accrochaient à leurs dernières illusions et voulaient impressionner le grand Charles en lui offrant le spectacle d’une Algérie réconciliée, où les deux communautés pouvaient vivre en harmonie. »