Convergence totale entre Alger et Bamako

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Wassila. B

La visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger n’est pas une simple formalité diplomatique. Elle referme une parenthèse qui aura duré plus d’un an. Une parenthèse ouverte par le rappel des ambassadeurs en avril 2025, creusée par le retrait du Mali du Comité d’état-major opérationnel conjoint en septembre de la même année, et refermée méthodiquement depuis juillet : retour des ambassadeurs le 10, réouverture de l’espace aérien, appel téléphonique entre les deux Premiers ministres le 9 août, et maintenant cette visite, ponctuée par un message du général Goïta annonçant sa propre venue à Alger.

Derrière ce protocole, il y a un aspect géopolitique autrement plus concret qu’une simple réconciliation bilatérale. La rupture de 2025 n’était pas le fruit d’un différend algéro-malien. Elle était la conséquence d’une manœuvre toxique d’influence menée par Abou Dhabi. Les Émirats Arabes Unis, forts de leur expérience au Soudan, où leur soutien aux Forces de soutien rapide a contribué à l’une des pires catastrophes humanitaires du siècle, ont tenté de déstabiliser le Sahel en privant la région de son pôle stabilisateur le plus crédible : l’Algérie. Objectif : substituer à la médiation algérienne des acteurs plus dociles. Pari risqué. Pari perdu.

Dix mois plus tard, Abdoulaye Maïga parle de « convergence totale de vues » avec Alger. Le contraste est saisissant. Il sonne comme un constat d’échec pour la manœuvre toxique émiratie. Pourquoi ce retour en grâce ? Parce qu’Alger avait raison. La géographie, ne se négocie pas. Plus de 1 300 kilomètres de frontière commune, des décennies de coopération sécuritaire, une expertise de médiation qu’aucun acteur du Golfe ne peut improviser en quelques mois. Le Mali n’a pas besoin d’un sponsor lointain aux intérêts volatils. Il a besoin d’un voisin stable, d’un frère algérien fiable, d’un partenaire qui ne joue pas sur plusieurs tableaux. La doctrine algérienne (continuité territoriale, respect de la souveraineté, non-ingérence) n’est pas un slogan. C’est une colonne vertébrale. Face à elle, les promesses venues de Rabat ou d’Abou Dhabi n’ont souvent été que des mirages.

Mais cette réconciliation dépasse le simple couple Alger-Bamako. Elle intéresse toute l’Alliance des États du Sahel. Le président Goïta le rappelle : l’Algérie et le Mali « partagent la géographie ». Une formule que Tebboune a lui-même martelée. Et cette conviction, selon Maïga, est partagée par le Niger et le Burkina Faso. En se rapprochant d’Alger, Bamako ne répare pas seulement une relation bilatérale : il consolide la cohésion d’un bloc sahélien qui, en se recentrant autour de son ancrage naturel, oppose un démenti cinglant aux tentatives de fragmentation orchestrées de l’extérieur.

La vraie mesure de ce rapprochement ne sera pas dans les poignées de main ou les communiqués. Elle se jouera sur le terrain : reprise effective des patrouilles frontalières, réactivation des mécanismes antiterroristes, redémarrage des projets structurants tels que les hydrocarbures, la route transsaharienne et les corridors économiques avec le Niger, le Burkina et le Tchad.