Meriem B
Plus d’une année après la mise en œuvre du système de travail continu 24h/24 et 7j/7, le port d’Oran fait le point sur les résultats enregistrés et les leviers susceptibles d’améliorer davantage sa performance. Réunis, ce jeudi, autour de l’Entreprise portuaire d’Oran (EPO), les différents acteurs de la chaîne logistique portuaire ont pris part à une rencontre consultative consacrée à l’évaluation du dispositif, à l’identification des contraintes persistantes et à la recherche de solutions concrètes pour fluidifier davantage le traitement des navires et des marchandises.
La rencontre intervient dans le prolongement des orientations des pouvoirs publics visant à renforcer l’efficacité du système portuaire national et à faire des infrastructures portuaires un véritable levier de développement économique. Elle a surtout permis d’ouvrir un espace de dialogue direct entre les responsables portuaires et les opérateurs qui interviennent quotidiennement dans la chaîne logistique.
Un dispositif qui affiche des résultats tangibles
L’un des principaux enseignements avancés lors de cette rencontre concerne l’évolution des délais de séjour et de traitement des navires. Le président directeur général de l’Entreprise portuaire d’Oran, Mourad Mohamed Karim, a fait état d’une amélioration notable de plusieurs indicateurs depuis l’entrée en vigueur du travail continu.
À titre illustratif, le délai global qui atteignait environ 29 jours durant la même période de 2025 aurait été ramené aujourd’hui à près de 12 jours. Une réduction de l’ordre de 50 %, présentée comme un indicateur significatif des progrès accomplis depuis la généralisation du fonctionnement 24h/24 et 7j/7.
Cette évolution concerne notamment le temps d’attente des navires en rade, leur durée d’accostage ainsi que le séjour des conteneurs à l’intérieur de l’enceinte portuaire. Pour la direction de l’EPO, ces résultats témoignent d’une amélioration réelle de la productivité, tout en laissant entrevoir des marges de progression encore importantes.
« Nous pouvons faire davantage », a souligné en substance le PDG de l’EPO, pour qui la rencontre devait précisément permettre de recueillir les propositions des opérateurs économiques et des partenaires portuaires afin d’optimiser davantage le dispositif.
Réorganiser pour gagner en efficacité
La mise en place du travail continu n’a pas consisté en un simple changement d’horaires. Elle a nécessité une réorganisation profonde des méthodes de travail, avec la constitution de nouvelles équipes, la formalisation de procédures administratives et opérationnelles ainsi que l’adaptation des structures organisationnelles aux exigences d’une activité fonctionnant sans interruption.
Cette transformation s’est également accompagnée d’efforts sur le plan des infrastructures. Plusieurs quais et terre-pleins ont fait l’objet d’opérations de réhabilitation et d’équipement au cours de l’année écoulée, tandis que d’autres projets sont actuellement en cours de réalisation dans différents ports nationaux.
Pour les responsables du secteur, l’amélioration de la performance portuaire repose ainsi sur une combinaison entre disponibilité des moyens humains, renforcement des capacités matérielles, modernisation des infrastructures et optimisation des procédures.
Le dialogue avec les opérateurs au cœur de la démarche
La particularité de cette rencontre réside également dans la volonté affichée d’associer directement les opérateurs économiques à l’amélioration du fonctionnement de la chaîne portuaire. Commissionnaires en douane, consignataires de navires, services des Douanes, services de police aux frontières et autres intervenants ont ainsi participé aux échanges.
Pour les organisateurs, l’opérateur économique ne peut plus être considéré comme un simple bénéficiaire de la prestation portuaire. Il est appelé à devenir un partenaire à part entière dans la recherche de solutions permettant de réduire les délais, les coûts et les points de blocage qui affectent la chaîne logistique.
Le directeur général du groupe Serport, Ali Boulaaras, a insisté sur cet aspect, estimant que la rencontre avait permis de réunir l’ensemble des intervenants de la chaîne logistique autour d’un même objectif : identifier les contraintes qui entravent encore la fluidité du trafic maritime et dégager des solutions applicables sur le terrain.
Les échanges ont ainsi débouché sur plusieurs recommandations qui devront être intégrées dans une feuille de route opérationnelle. L’objectif est de passer du constat aux actions concrètes et de traduire les propositions formulées durant le forum en mesures susceptibles d’améliorer effectivement les performances du port.
Réduire les délais, alléger les coûts
Derrière la question des délais de traitement se profile un enjeu économique plus large. Chaque journée gagnée dans le traitement d’un navire ou le séjour d’une marchandise représente, en effet, un gain potentiel pour l’ensemble de la chaîne logistique.
La réduction des délais contribue notamment à limiter les coûts liés au transport, au stationnement et à la manutention, avec un impact qui peut, à terme, se répercuter sur la facture supportée par l’économie nationale et, indirectement, par le consommateur.
L’objectif affiché par les responsables dépasse donc la seule amélioration des indicateurs internes du port. Il s’agit de rendre l’ensemble de la chaîne plus fluide, plus prévisible et moins coûteuse, dans un contexte où la compétitivité des infrastructures portuaires constitue un élément déterminant pour la facilitation du commerce extérieur.
Vers le port intelligent
Cette dynamique s’inscrit également dans une perspective de transformation numérique. Le passage progressif vers le concept de « port intelligent » figure parmi les chantiers envisagés à l’horizon 2030-2035.
Selon le directeur général de l’EPO, le processus de numérisation est déjà engagé et les équipements récemment acquis sont conçus pour accompagner cette évolution. L’ambition est d’intégrer progressivement les espaces les plus directement concernés par les opérations de débarquement, d’entreposage et de traitement des conteneurs dans cette nouvelle architecture numérique.
La digitalisation doit notamment permettre de renforcer la transparence, d’accélérer les procédures administratives et de faciliter la circulation de l’information entre les différents intervenants. Elle constitue, à ce titre, un prolongement naturel de la réforme organisationnelle engagée avec le travail continu.
Au-delà de la performance quotidienne, c’est donc une nouvelle conception du fonctionnement portuaire qui se dessine, fondée sur la disponibilité permanente du service, la réduction des délais, la coordination entre les acteurs et l’exploitation des outils numériques.
Une feuille de route pour consolider les acquis
À l’issue de cette rencontre, l’enjeu est désormais de consolider les progrès enregistrés et de s’attaquer aux contraintes qui subsistent. La baisse des délais enregistrée au port d’Oran constitue un résultat encourageant, mais les responsables de l’EPO comme ceux de Serport considèrent que le potentiel de cette infrastructure stratégique reste encore largement exploitable.
Le port d’Oran occupe, en effet, une place importante dans le traitement des échanges commerciaux et économiques du pays. Son efficacité dépasse ainsi le cadre de la seule activité portuaire pour toucher directement à la fluidité du commerce extérieur et à la compétitivité de la chaîne logistique nationale.
La rencontre consultative aura donc permis de poser un diagnostic partagé et, surtout, d’ouvrir une nouvelle étape : celle de la mise en œuvre d’une feuille de route fondée sur les recommandations des différents intervenants. Une démarche qui entend inscrire l’amélioration de la performance portuaire dans la durée, en faisant du dialogue entre gestionnaires, administrations et opérateurs économiques un outil permanent de modernisation.




