L’Algérie élargit son ambition énergétique

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Wassila. B

À Oran, le message du NAPEC 2026 ne pouvait être plus clair. Pour sa 14e édition, le Salon et Conférence sur l’énergie et l’hydrogène en Afrique et en Méditerranée a choisi un thème qui ressemble à une réponse aux certitudes d’hier : « De la transition énergétique à l’addition énergétique ». Le changement de vocabulaire n’est pas anodin. Pendant longtemps, la transition a été présentée comme un mouvement linéaire, presque mécanique : réduire les hydrocarbures, accélérer les renouvelables et, à terme, tourner définitivement la page du pétrole et du gaz. La réalité énergétique mondiale s’avère autrement plus complexe. La question n’est plus de choisir une énergie contre une autre, mais de parvenir à les faire coexister pour répondre simultanément aux impératifs de sécurité, de compétitivité et de décarbonation.

À l’ouverture du salon, le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, a précisément défendu cette approche. Le gaz naturel, a-t-il rappelé, conserve un rôle majeur dans le mix énergétique mondial. Il ne s’agit donc pas d’opposer hydrocarbures et énergies propres, mais de poursuivre les investissements dans les premiers tout en accélérant le développement des secondes. Autrement dit, la transition ne peut se faire au prix d’une fragilisation de la sécurité énergétique.

L’Algérie assume cette ligne depuis plusieurs années. Elle refuse de considérer ses ressources gazières comme un actif condamné à disparaître et entend au contraire les utiliser comme un point d’appui pour diversifier progressivement son système énergétique. Dans un environnement où la fiabilité des approvisionnements est redevenue une priorité stratégique, cette position prend une dimension particulière. Le partenariat gazier réaffirmé entre Alger et Bruxelles en février dernier en apporte une illustration : l’Europe elle-même ne renonce pas à l’addition des sources d’énergie.

C’est dans cette logique que l’hydrogène peut constituer un véritable changement d’échelle. La signature récente d’un accord entre l’Algérie, l’Autriche, l’Allemagne, l’Italie et la Tunisie autour du projet SoutH2 Corridor donne à cette ambition une traduction concrète. Présenté comme un « levier d’intégration régionale et de coopération » dans l’énergie et la compétitivité industrielle, le projet affiche des dimensions considérables : environ 3 300 kilomètres, plus de 65 % d’infrastructures existantes réutilisées et un potentiel d’importation dépassant 4 millions de tonnes par an.

Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse donc largement la simple exportation d’une nouvelle molécule énergétique. La relation avec l’Europe pourrait progressivement changer de nature. Hier structurée autour d’un échange relativement simple (gaz contre recettes d’exportation), elle pourrait demain s’étendre au solaire, à l’éolien, à l’électrolyse, au transport transméditerranéen, mais aussi aux investissements, aux technologies et à la création d’emplois.

C’est là que se situe le véritable potentiel de l’hydrogène. Électrolyseurs, dessalement, stockage, ammoniac, acier vert ou encore engrais décarbonés : ces activités offrent à l’Algérie la possibilité de remonter la chaîne de valeur et de ne plus se limiter à l’exportation de molécules. L’hydrogène ne signifie donc pas la rupture avec le modèle gazier. Il peut au contraire en constituer le prolongement industriel et technologique.