Hafida Benarmas
Dans l’immensité du Sahara nigérien, Madama n’est pas qu’un point militaire perdu dans le désert. Ce site, construit par la France coloniale puis réinvesti par l’armée française dans le cadre de l’opération Barkhane, porte aujourd’hui une forte charge symbolique : celle d’un espace stratégique en pleine recomposition, Madama retrouve aujourd’hui une place centrale dans la géopolitique sahélo-saharienne . Pendant des décennies, la présence française s’est imposée comme l’un des principaux piliers du dispositif sécuritaire au Sahel. Son retrait du Niger a laissé place à une nouvelle donne régionale, dans laquelle les États sahéliens cherchent à reprendre la maîtrise de leur sécurité et de leurs choix stratégiques. C’est dans ce contexte que le rapprochement entre Alger et Niamey prend toute sa portée. La signature du protocole d’accord militaire entre les deux pays, suivie de la procédure parlementaire algérienne relative à l’envoi d’une unité de l’ANP au Niger, marque une nouvelle étape dans cette coopération.
À Madama, la symbolique est particulièrement forte
Hier, la France y projetait sa puissance militaire. Aujourd’hui, c’est la coopération entre deux États africains voisins qui pourrait dessiner une nouvelle architecture sécuritaire. À proximité de la Libye, Madama se trouve au cœur d’un espace où se concentrent les risques liés au terrorisme, aux trafics transfrontaliers et à l’instabilité régionale. Pour le Niger, le contrôle de cette zone relève de la souveraineté. Pour l’Algérie, la stabilité de son environnement sahélo-saharien constitue une composante de sa propre sécurité nationale. Le changement est donc autant géopolitique que militaire. Il traduit le recul progressif des dispositifs occidentaux et la montée en puissance des acteurs régionaux, avec une Algérie qui entend renforcer son rôle dans la stabilisation de son voisinage immédiat. Madama pourrait ainsi devenir le symbole d’un passage de témoin, non pas simplement d’une présence étrangère à une autre, mais d’un Sahel qui entend désormais compter davantage sur ses propres forces et sur ses partenariats régionaux. De fort colonial français à base de Barkhane, Madama entre peut-être dans une nouvelle séquence de son histoire. Une page française se tourne. Une nouvelle page africaine s’écrit.




