Wassila. B

Le Président Tebboune, a adressé un message aux participants au 8e Sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), dont les travaux ont débuté ce hier à Moscou. Ce message, a été lu par le Premier ministre Sifi Ghrieb.

« Permettez-moi, en entamant mon allocution, d’exprimer à Son Excellence le Président Vladimir Poutine ma plus haute considération et mes sincères remerciements pour l’accueil chaleureux et l’hospitalité généreuse réservés à la délégation algérienne depuis son arrivée dans la ville historique de Moscou, qui accueille aujourd’hui une nouvelle étape de notre action commune », a affirmé le président Tebboune.

« Deux années se sont écoulées depuis que l’Algérie a eu l’honneur d’accueillir le 7e Sommet. Nous évoquons avec fierté la « Déclaration d’Alger », qui a consacré la place stratégique du gaz naturel dans le système mondial de sécurité énergétique ; nous nous réjouissons de constater que ses principes sont devenus une réalité tangible. Alors que l’Algérie transmet le flambeau de la présidence du Sommet à la Fédération de Russie, pays ami, elle lui souhaite plein succès dans cette mission », a indiqué le président de la République.

« Notre sommet se tient alors que notre Forum célèbre le vingt-cinquième anniversaire de sa création. Durant ces vingt-cinq années, ses visions prospectives sont devenues une référence internationale reconnue, et sa voix est désormais écoutée au sein de l’équation énergétique mondiale. Le Forum a renforcé ses capacités par la création de l’Institut de recherche sur le gaz ; l’Algérie, en sa qualité de pays hôte, n’a ménagé aucun effort pour mettre à disposition tous les moyens nécessaires à son fonctionnement optimal, au service de l’ensemble des États membres », a souligné le chef de l’État.

« Nous nous réunissons à un tournant décisif pour les marchés mondiaux de l’énergie. Les crises successives ont révélé une résilience remarquable de l’industrie gazière, démontrant que le gaz naturel ne constitue pas une option conjoncturelle passagère, mais un pilier solide des économies nationales. Toutefois, ce secteur évolue désormais dans un environnement d’une extrême complexité, tiraillé entre les impératifs de la sécurité énergétique et les exigences de la transition climatique, le tout sur fond de mutations réglementaires profondes et d’une reconfiguration géopolitique inédite », a affirmé le président Tebboune.

Souveraineté des États

« Tout en réaffirmant que la définition des politiques énergétiques relève de la souveraineté de chaque État, nous tenons à souligner qu’une législation instable alimente les perturbations des marchés, freine les investissements et expose la sécurité des approvisionnements à des risques accrus. L’injection de milliards de dollars dans les infrastructures gazières exige des cadres réglementaires stables ainsi qu’une valorisation équitable du gaz, notamment dans le cadre de contrats à long terme. Depuis cette tribune, nous appelons à un dialogue constructif, susceptible d’aboutir à un cadre réglementaire consensuel qui garantisse la sécurité des investissements et les oriente vers les régions qui en ont le plus besoin », a indiqué le président de la République.

« La transition énergétique à laquelle nous aspirons doit être juste et progressive ; elle ne saurait exclure quiconque, ni faire peser sur les nations en développement des fardeaux dont elles ne sont pas responsables, ni opposer leur droit au développement à leur droit à un environnement sain. Dans ce processus, le gaz naturel s’impose comme un partenaire naturel des énergies renouvelables : il assure la stabilité des systèmes électriques, contribue à la réduction des émissions et prévient tout retour vers des sources d’énergie plus polluantes. Loin d’être un obstacle à la transition, il en constitue un pont de passage sûr. La sécurité énergétique mondiale repose sur un équilibre indissociable : une demande prévisible, des approvisionnements garantis et une juste rémunération (à la hauteur de la valeur de la ressource et du volume des investissements) qui assure la pérennité des approvisionnements. Cet équilibre doit concilier les impératifs du développement économique et social avec les objectifs climatiques, tout en tenant compte du principe des « responsabilités communes mais différenciées » et des capacités nationales respectives », a ajouté le chef de l’État.

« Il est impossible de relever ce défi sans la technologie et l’innovation. À cet égard, nous appelons notre Forum, par le biais de son Institut de recherche sur le gaz, à jouer un rôle accru dans la diffusion des technologies de réduction des émissions, du captage, de l’utilisation et du stockage du carbone (CCUS), ainsi que de l’efficacité énergétique, en tirant parti de la numérisation et de l’intelligence artificielle », a poursuivi le président de la République.

« L’Algérie a été pionnière dans l’industrie gazière, accueillant sur son sol (à Arzew, en 1964) le tout premier complexe de liquéfaction de gaz naturel au monde. Aujourd’hui, elle figure parmi les dix plus grands producteurs de gaz à l’échelle mondiale ; elle est le deuxième fournisseur de l’Union européenne par gazoduc et approvisionne de nombreux pays à travers le monde en gaz naturel liquéfié (GNL). Ce succès est le fruit d’une fiabilité restée inébranlable, même dans les circonstances les plus difficiles, et d’un respect constant de nos engagements : l’Algérie a été, et demeure, un fournisseur sûr et fiable », a rappelé le président Tebboune.

Transition énergétique

« L’Algérie progresse avec détermination dans la mise en œuvre d’une stratégie ambitieuse de transition énergétique, plaçant les énergies propres et renouvelables au cœur de sa démarche pour réaliser un essor économique durable. Soucieuse de concilier sa souveraineté sur ses ressources avec les exigences d’un marché mondial en pleine expansion, l’Algérie a lancé des projets structurants majeurs. Parmi ceux-ci figurent le projet de Gara Djebilet (l’un des plus vastes gisements de minerai de fer au monde) et le projet intégré des phosphates. Ces initiatives valorisent nos ressources gazières, renforcent nos capacités d’exportation et contribuent à la sécurité alimentaire mondiale », a-t-il ajouté.

« À l’échelle continentale, le projet de gazoduc transsaharien (doté d’une capacité d’exportation estimée à 30 milliards de mètres cubes par an) incarne une vision commune pour une Afrique unie et souveraine dans ses décisions. Il illustre une coopération Sud-Sud faisant du gaz un levier pour éradiquer la précarité énergétique et favoriser le développement durable ; l’Algérie s’engage à mobiliser son expertise et ses capitaux pour assurer la réussite de ce projet.

L’Algérie est résolument engagée dans une transition énergétique juste et ordonnée, conciliant les impératifs climatiques, la souveraineté nationale et la sécurité énergétique. Notre ambition est claire : nous ne subissons pas la transition énergétique, nous en définissons les contours nous-mêmes, en réduisant l’empreinte carbone de notre industrie, en limitant les émissions de méthane et le torchage, et en développant le captage du carbone. Cela se concrétise notamment à travers le programme national visant à produire 15 000 mégawatts d’énergies renouvelables, avec un investissement d’environ 22 milliards d’euros à l’horizon 2035 », a précisé le chef de l’État.

« Par ailleurs, l’Algérie aspire à devenir un acteur clé dans le domaine de l’hydrogène, notamment via le « Corridor Sud » (South2 Corridor), développé en collaboration avec nos partenaires européens et la Tunisie, pays frère. Ce projet permettra à mon pays d’exporter du gaz, de l’électricité, de l’ammoniac et de l’hydrogène, consolidant ainsi sa position en tant que hub énergétique intercontinental. Le contexte actuel exige de consolider le rôle de notre Forum et de renforcer la coopération entre ses membres, afin de garantir la stabilité des marchés et la sécurité des approvisionnements face aux tensions géopolitiques. Depuis cette tribune, je plaide pour une voix unifiée du Forum, au service de la défense de nos intérêts communs, ainsi que pour l’élargissement de la présence du gaz sur de nouveaux marchés, dans le cadre de la coopération Sud-Sud », a poursuivi le président.

« Alors que nous célébrons un quart de siècle d’action commune, portons une vision unifiée pour les décennies à venir, placée sous le signe d’un gaz plus sûr et plus propre, et d’un marché plus stable », a conclut le président Tebboune.

Attaf rencontre Lavrov

La participation de l’Algérie à ce rendez-vous international s’inscrit dans le prolongement de son rôle actif au sein du Forum des pays exportateurs de gaz, notamment après avoir abrité, en mars 2024, le 7e Sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays membres, sous la présidence du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, un sommet couronné par la Déclaration d’Alger.

La Déclaration d’Alger a souligné l’importance du renforcement de la coordination et de la coopération entre les pays producteurs de gaz, en vue de contribuer à la stabilité des marchés, à la protection des intérêts communs et à la promotion d’un dialogue stratégique entre les différents acteurs de l’industrie gazière pour relever les défis auxquels le secteur de l’énergie est confronté et réaffirmer le rôle pivot du gaz naturel dans l’avenir énergétique mondial.

Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l’étranger et des Affaires africaines, M. Ahmed Attaf, a rencontré, mardi à Moscou, son homologue russe, M. Sergueï Lavrov, lors de sa participation au 8e Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du Forum des pays exportateurs de gaz (GECF), indique un communiqué du ministère.

« Cette rencontre a permis aux deux parties de discuter de l’état des relations bilatérales et des moyens de les renforcer dans tous les domaines, dans le cadre des préparatifs des prochaines échéances bilatérales », précise le communiqué. « Les deux ministres ont également passé en revue l’état des relations internationales et les questions internationales et régionales d’intérêt commun, réaffirmant leur engagement à renforcer le partenariat et à poursuivre le dialogue et la coordination dans les différents forums internationaux », ajoute la même source.