Les contours de la souveraineté africaine

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Wassila. B

L’ouverture du Salon International des Mines, des Carrières et des Hydrocarbures à N’Djamena ce mercredi a transcendé le simple cadre d’un événement économique. Par la voix du ministre Mohamed Arkab, portant un message du Président Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie, invitée d’honneur, a délivré bien plus qu’un discours de circonstance. Elle a posé, avec une clarté remarquable, les fondations d’une doctrine africaine de la gestion des ressources. Un discours où la fraternité affichée s’allie à une vision pragmatique et exigeante de la coopération Sud-Sud. Le constat initial est simple, mais lourd de conséquences : le continent regorge de richesses, mais son « véritable défi » réside dans leur « gestion et valorisation ». En une phrase, le chef de l’État algérien pointe du doigt le piège séculaire de la rente et de l’extraction sans transformation. L’enjeu, désormais, n’est plus seulement de vendre des matières premières, mais d’en faire un « levier de développement socio-économique durable, créateur de valeur ajoutée et d’emplois ». C’est un changement de paradigme radical qui est proposé, passant de la logique de l’exportation à celle de la création de chaînes de valeur intra-africaines. C’est ici que la proposition algérienne prend toute sa substance. Forte de sa longue expérience dans le contrôle national de ses hydrocarbures, l’Algérie ne se présente pas en donneuse de leçons, mais en partenaire offrant son expertise. L’offre est concrète : partage de savoir-faire dans l’exploration, la production, et surtout, la formation. Cette dimension est cruciale. Elle sous-tend l’idée que la souveraineté sur les ressources ne se décrète pas, elle se construit par la maîtrise technologique et le capital humain. Pour y parvenir, le message présidentiel insiste sur un prérequis non-négociable : une « gouvernance transparente ». Ce terme, souvent galvaudé, est ici précisément défini. Il s’articule autour du transfert de technologie, du respect de l’environnement et du renforcement obligatoire du « contenu local ». En filigrane, c’est une certaine idée des partenariats avec des acteurs extra-africains qui est dessinée : des relations « équilibrées », où les investissements étrangers doivent nécessairement s’articuler avec le développement d’une industrie et d’une main-d’œuvre locales. Il ne s’agit pas de rejet, mais d’exigence.

En plaçant cette coopération sectorielle au « cœur de sa politique étrangère », l’Algérie de Tebboune assume un rôle de pilier dans la construction d’une intégration continentale par le concret. Le soutien aux « projets structurants » vise à garantir une sécurité énergétique collective et à tisser une interdépendance économique vertueuse. L’objectif final est limpide : que l’Afrique cesse d’être un simple réservoir de matières premières pour le monde, pour devenir un pôle industriel et énergétique pour ses propres populations. Ainsi, au-delà des mots sur l’engagement « indéfectible », le discours porté à N’Djamena est un acte politique. Il traduit une volonté de passer de la rhétorique panafricaine à l’opérationnel, en s’appuyant sur un secteur stratégique.