Wassila. B
Le pôle scientifique et technologique « Chahid Abdelhafid Ihaddaden » de Sidi Abdellah n’est plus seulement un sanctuaire du savoir théorique ; il est devenu l’épicentre d’une révolution silencieuse mais déterminée. En inaugurant la première édition du Salon des produits des programmes nationaux de recherche, le gouvernement algérien a envoyé un signal fort : l’heure est à la conversion du génie scientifique en valeur ajoutée économique. Cet événement ne se contente pas d’exposer des prototypes ; il consacre le passage définitif de l’Algérie vers une « économie de la connaissance » où le chercheur se mue en entrepreneur. L’image est symbolique : trois ministres (Enseignement supérieur, Industrie pharmaceutique, et Économie de la connaissance) alignés aux côtés du patron de l’Agence algérienne de promotion de l’investissement (AAPI). Cette intersectorialité n’est pas fortuite. Elle illustre la volonté de briser les silos bureaucratiques pour bâtir un écosystème intégré. Comme l’a souligné Kamel Baddari, la vision stratégique 2024-2029 repose sur un trépied vital : la sécurité alimentaire, énergétique et sanitaire. Dans un monde instable, la recherche appliquée n’est plus un luxe académique, mais le bouclier de la souveraineté nationale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Passer de 35 projets l’an dernier à 68 cette année témoigne d’une accélération fulgurante. Ce doublement de la production scientifique valorisable prouve que le message a été reçu par les laboratoires : l’innovation doit répondre à un besoin, combler une lacune du marché ou substituer une importation. C’est particulièrement vrai dans le secteur stratégique de l’industrie pharmaceutique. En ciblant les médicaments biotechnologiques, les traitements contre le cancer et les maladies rares, l’Algérie ne cherche pas seulement à réduire sa facture d’importation, elle ambitionne de rejoindre le club restreint des nations productrices de haute technologie médicale.
L’autre pilier de cette métamorphose est l’ancrage de l’entrepreneuriat au cœur de l’université. L’annonce du lancement de « clusters de start-up » au sein même des pôles technologiques est une avancée majeure. En permettant aux jeunes pousses de disposer de sièges sociaux dans l’enceinte universitaire et en adaptant le cadre juridique, l’État lève les derniers verrous psychologiques et administratifs qui freinaient les chercheurs. La signature de l’arrêté ministériel conjoint pour la création de ces clusters n’est pas qu’une formalité : c’est l’acte de naissance d’une nouvelle génération de capitaines d’industrie issus des amphithéâtres. Enfin, le rôle de l’AAPI, souligné par Omar Rekkache, vient boucler la boucle. L’innovation ne peut s’épanouir sans un accompagnement financier et des facilitations procédurales. En connectant directement les chercheurs aux investisseurs, l’État s’assure que les découvertes ne finissent pas dans les tiroirs des bibliothèques, mais sur les chaînes de production.



