
Wassila. B
L’Algérie est en train de réussir son pari le plus audacieux : ne plus être perçue uniquement comme un réservoir d’hydrocarbures, mais comme un laboratoire géant de la transition énergétique. Longtemps adossée à ses gigantesques réserves de gaz naturel, elle a compris que l’or noir du XXIe siècle ne serait plus fossile, mais renouvelable. Avec son ensoleillement exceptionnel et ses ambitions industrielles, le pays frappe à la porte de la cour des grands. Et cette fois, il vient pour prendre sa place. Le récent rapport de l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OAPEC) n’est pas qu’une simple gratification technique. C’est la reconnaissance d’une stratégie cohérente. Pendant que certains pays européens débattent encore de la pertinence de l’atome ou des contraintes de l’éolien, l’Algérie agit. Elle déroule son tapis solaire sur des milliers d’hectares. Les premiers signes sont concrets : une vingtaine de centrales photovoltaïques sont en cours de déploiement pour atteindre 3.200 MW d’ici la fin de l’année, avec un objectif vertigineux de 15.000 MW à l’horizon 2035. Ce n’est plus du saupoudrage, c’est une mue industrielle.
L’ambition ne s’arrête pas à ses propres frontières. En misant sur le solaire et l’éolien, Alger prépare un basculement stratégique majeur : libérer sa consommation interne des hydrocarbures pour réserver son gaz à l’exportation, tout en créant une nouvelle manne avec l’électricité verte. L’interconnexion électrique avec l’Europe n’est plus une vue de l’esprit. Elle devient un objectif commercial. En vendant de l’électricité bas carbone à ses voisins du Nord, l’Algérie inverse la donne : elle ne sera plus seulement le tuyau qui livre du gaz, mais la batterie verte d’une Europe en quête de décarbonation.
Pourtant, c’est sur l’hydrogène vert que le pays joue son billet pour la cour des très grands. Avec des régions sahariennes bénéficiant d’un des taux d’ensoleillement les plus élevés du monde, l’Algérie a le potentiel pour produire de l’hydrogène à des coûts défiant toute concurrence. Le partenariat récent avec l’espagnol CEPSA et l’implication dans le corridor « South H2 » ne sont pas des effets d’annonce. Ce sont les premiers coups de pioche d’un édifice colossal. L’objectif de transporter 4 millions de tonnes par an vers l’Europe d’ici 2040, soit près de 10 % de la demande européenne anticipée, est une déclaration de guerre économique à la Russie et aux producteurs traditionnels.
Bien sûr, les défis restent immenses. La technologie des électrolyseurs, le financement, et la stabilité des cadres réglementaires sont des équations complexes. Mais l’Algérie possède un atout que l’argent n’achète pas : l’expérience du transport gazier. Ses pipelines, ses compétences en liquéfaction et sa logistique sont autant d’infrastructures qui peuvent être adaptées à l’hydrogène. Ce qui se joue aujourd’hui dépasse la simple politique énergétique. C’est la renaissance d’un leadership régional. Le président de la République a fait de cette transition le fer de lance d’une économie résiliente. En transformant son désert en centrale électrique à ciel ouvert, l’Algérie ne se contente pas de verdir son image : elle construit l’ossature de l’économie algérienne de 2050.


