Gara Djebilet, le corridor de la souveraineté 

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Wassila. B

Il y a des projets qui ne sont pas de simples infrastructures. Il y a des réalisations qui transcendent leur fonction première pour devenir des symboles. Le gisement de Gara Djebilet, dont il a été abondamment question, hier, lors d’une conférence au Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), est de ceux-là. Longtemps évoqué comme un rêve inaccessible, souvent cité comme l’exemple même des potentialités inexploitées du pays, le voici aujourd’hui en passe de devenir une réalité tangible, un « espace de développement durable » irriguant tout le Grand Sud-Ouest. Ce qui frappe dans ce projet, ce n’est pas seulement son gigantisme ou ses chiffres impressionnants, 24.000 emplois à la clé, des millions de tonnes de minerai, mais c’est la philosophie qui le sous-tend. Pendant des décennies, l’Algérie a vécu sur le modèle de l’extraction brute, exportant ses richesses naturelles pour les racheter, transformées, à prix d’or. Gara Djebilet marque la rupture nette avec cette logique de corridor de ressources. Comme l’a si justement souligné la membre du CNESE, Zahra Bouras, nous ne sommes plus dans le schéma réducteur du « transport de matière première », mais bien dans la construction d’un corridor intégré, articulant extraction, transport ferroviaire, énergie et transformation industrielle.

C’est là que réside la véritable révolution. En liant le minerai de Tindouf aux zones de transformation de Béchar et de Naâma, en connectant ce géant de fer au réseau ferroviaire national, l’Algérie ne se contente pas d’extraire ; elle construit patiemment une chaîne de valeur ajoutée. Elle pose les briques d’une industrie sidérurgique nationale capable, à terme, de réduire notre facture d’importation et de se projeter vers l’exportation hors hydrocarbures.

Derrière la prouesse technique, celle de rendre exploitable un minerai longtemps jugé trop complexe, c’est un acte de souveraineté qui se joue. Comme l’a rappelé la Secrétaire d’Etat chargée des Mines, Karima Bakir Tafer, ce projet est la « pierre angulaire » de notre indépendance économique. Il incarne la vision d’une Algérie qui ose regarder vers son vaste territoire, non plus comme un espace vide ou une contrainte, mais comme un atout majeur. Faire de Tindouf un pôle industriel, c’est rééquilibrer le développement national, c’est offrir des perspectives aux régions du Sud, c’est fixer les populations par l’emploi et l’activité.

Bien sûr, les défis restent immenses. La logistique, la formation, la maîtrise des coûts et l’impératif environnemental exigeront une vigilance de tous les instants. Mais le cap est désormais clair. Gara Djebilet n’est plus un mythe géologique enfoui sous le sable du Tindouf. Il est en train de devenir, sous nos yeux, le pilier d’une Algérie nouvelle qui mise sur l’intégration industrielle et l’exploitation raisonnée de ses trésors. En réveillant ce géant endormi, l’Algérie prouve qu’elle a les moyens de ses ambitions. Elle ne se contente plus de gérer ses richesses ; elle apprend à les faire fructifier pour les générations futures. C’est en cela que Gara Djebilet est bien plus qu’une mine : c’est un manifeste pour l’avenir.