La recherche scientifique plante les graines de la souveraineté

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Wassila. B

L’Algérie est en train de vivre une mutation silencieuse mais profonde. Traditionnellement perçue comme une rente tirée des hydrocarbures, l’économie nationale cherche depuis plusieurs années à diversifier ses piliers. La signature, ce lundi à Alger, de deux conventions de coopération entre le Centre de Recherche en Technologies Industrielles (CRTI), l’Entreprise de construction de matériels agricoles (CMA) et l’École Nationale Supérieure Agronomique (ENSA) incarne parfaitement cette nouvelle ambition. En mariant la recherche de pointe aux besoins concrets du secteur agricole, l’Algérie plante les graines technologiques de sa future souveraineté alimentaire.Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a présidé cette cérémonie avec un mot d’ordre qui résonne comme une feuille de route : « Innover en Algérie ». Derrière ce slogan, il y a une rupture épistémologique majeure. Pendant des décennies, la recherche universitaire a parfois été accusée de vivre en vase clos, produisant des travaux savants mais rarement appliqués. Aujourd’hui, l’État pousse à une intégration verticale entre le laboratoire et le champ. Ce n’est plus seulement une question de prestige académique, mais bien de survie économique.

Les projets présentés par le CRTI sont à cet égard éloquents. Loin des gadgets high-tech sans lendemain, ils répondent à des défis agricoles réels, voire vitaux. L’épierreuse agricole, par exemple, est un outil clé pour rendre les sols plus cultivables dans des régions où la roche entrave le travail de la terre. La station météo connectée, dédiée au suivi des parcelles de blé, incarne l’entrée de l’agriculture algérienne dans l’ère du « smart farming ». Couplée au robot utilisable dans les exploitations et au pulvérisateur guidé pour l’irrigation des grandes surfaces, cette panoplie technologique offre aux agriculteurs des instruments pour optimiser leurs rendements tout en économisant une ressource devenue rare : l’eau.

Mais le plus impressionnant réside peut-être dans la capacité de détection précoce des maladies affectant le blé et les cultures sous serre. Dans un contexte de changement climatique, où les épisodes de sécheresse et les parasites se multiplient, anticiper une crise sanitaire végétale, c’est éviter une crise alimentaire tout court. L’Algérie, grand importateur de blé, sait à quel point sa dépendance aux marchés internationaux peut être un talon d’Achille en période de tensions géopolitiques. En développant des solutions endogènes pour sécuriser sa production, le pays renforce son bouclier alimentaire. Le ministre Baddari a eu raison d’insister sur un point crucial : ces innovations doivent sortir du prototype et envahir le marché. Son appel aux opérateurs et investisseurs agricoles à « adopter ces solutions prêtes à l’emploi » est un signal fort. Il officialise le passage de la recherche fondamentale à l’industrialisation et à la commercialisation. C’est ainsi que l’on crée de la valeur ajoutée locale, de l’emploi qualifié et que l’on réduit la facture d’importation de machines.