Le vent du Sahel tourne à l’aune de l’axe Alger-Niamey

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Wassila. B

À peine six mois après le rétablissement de leurs liens diplomatiques, Alger et Niamey écrivent une nouvelle page de leur histoire commune, non pas sous le signe des discours, mais sous celui des actes concrets. Pétrole, gaz, électricité, hélicoptères de combat : l’offensive tous azimuts menée par l’Algérie au Niger n’a rien d’une simple démonstration de force ou de générosité ponctuelle. Elle traduit une vision stratégique claire, celle d’un partenariat multidimensionnel où l’énergie devient le ciment d’une réconciliation pragmatique et durable entre deux pays que tout, géographie, histoire et défis sécuritaires, invite à marcher ensemble.

Cette intensification de la coopération est d’autant plus lourde de sens qu’elle ne se limite pas aux livraisons militaires (deux hélicoptères d’attaque MI-24 offerts) ni aux visites officielles répétées, comme celle du Premier ministre Sifi Ghrieb à Niamey, sa deuxième en quarante jours. C’est dans le sous-sol et les conduits d’hydrocarbures que se joue l’essentiel. Le lancement du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1, à la frontière commune, et surtout la première exportation conjointe du brut nigérien « Meleck » depuis le terminal béninois de Sèmè, marquent une rupture : pour la première fois, Sonatrach ne se contente pas d’acheter ou de vendre, elle associe son partenaire Sonidep à la commercialisation, au transfert de technologie et à la formation. C’est là le signe d’une coopération mutuellement bénéfique.

Cette intensification n’est pas un feu de paille. En quelques semaines, les accords se sont multipliés : forage du gazoduc TSGP, traitement des données sismiques, fourniture de produits pétroliers, et même une centrale électrique de 40 MW inaugurée début juin, dont le chantier avait été lancé en mars. Derrière chaque signature, c’est la volonté de bâtir des infrastructures pérennes qui crée des interdépendances positives, loin des logiques d’assistance unilatérale. L’Algérie, en mettant son expertise et ses capacités financières au service du Niger, ne se contente pas d’affermir ses positions dans une région instable ; elle offre à son partenaire sahélien les outils pour espérer une autonomie énergétique et une diversification de ses débouchés commerciaux, par le Bénin notamment.

Ce que nous observons, c’est l’émergence d’un modèle régional neuf, fondé sur le calcul géopolitique autant que sur une solidarité de fait. Le Niger, en proie à des défis sécuritaires et économiques immenses, trouve en Alger un appui fiable, constant et techniquement solide. L’Algérie, de son côté, ancre sa diplomatie d’intégration économique au Sahel par le levier le plus concret qui soit : l’énergie et le développement partagé. Cette dynamique, si elle se poursuit, pourrait redessiner les équilibres de toute la bande sahélienne, en prouvant que la coopération Sud-Sud, quand elle est nourrie d’intérêts communs et de confiance restaurée, vaut bien des sommets internationaux. Une leçon de réalisme et de volonté, à méditer par toutes les capitales de la région.