Bouamama – Le marché informel renaît aux portes de trois écoles

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Habib Benaouda 

Après son évacuation musclée en décembre 2025, le commerce informel reprend ses étals dans le même périmètre, faisant craindre un retour des nuisances à l’approche de la rentrée scolaire. 

Le marché informel de Bouamama, dans le secteur de Hassi à Oran, a repris ses activités à proximité immédiate de trois écoles primaires. Les établissements Haniester Mansour, Aboubakr Ali et Youbi Lahcène se retrouvent ainsi de nouveau confrontés à la présence de vendeurs et à l’affluence qui accompagne habituellement ce type d’activité commerciale. Une situation qui ravive les inquiétudes des riverains, alors que la rentrée scolaire approche.

Cette réinstallation intervient quelques mois seulement après une importante opération d’évacuation menée par les autorités locales. En décembre 2025, les services mobilisés avaient investi les lieux aux alentours de 3h du matin afin de mettre fin à une activité informelle qui s’était progressivement enracinée dans le quartier. La commune d’Oran, la cellule de l’environnement relevant du cabinet du wali, les services de sécurité ainsi que la police de l’urbanisme avaient notamment pris part à l’intervention.

L’opération avait nécessité des moyens humains et matériels conséquents. Elle devait surtout permettre de mettre un terme à une situation devenue source de préoccupations récurrentes pour les habitants, en raison des encombrements, de l’occupation de l’espace public et des difficultés de circulation générées par l’installation des vendeurs.

Une réinstallation qui interroge

Quelques mois plus tard, le retour du marché sur le même emplacement pose inévitablement la question de la pérennité des mesures prises précédemment. Au-delà du simple phénomène de réoccupation de l’espace public, c’est la proximité immédiate des établissements scolaires qui suscite le plus d’inquiétude.

Sid Ahmed Benyoucef, coordinateur de l’Académie algérienne pour l’action humanitaire et les droits de l’homme à Oran, avait déjà mis en garde contre le risque d’une réapparition du marché dans ce secteur. Il avait notamment souligné les conséquences que pourrait avoir une telle situation sur les déplacements des élèves et de leurs parents, mais également sur la circulation automobile.

La problématique est d’autant plus sensible que le site se trouve au contact direct de trois écoles primaires. À la rentrée, l’affluence quotidienne des élèves et des accompagnateurs risque d’accentuer les difficultés de circulation et les situations de congestion déjà redoutées par les habitants.

Pour Sid Ahmed Benyoucef, l’évacuation ne peut constituer à elle seule une réponse durable au phénomène des marchés informels. Il avait ainsi préconisé l’identification d’un espace alternatif, suffisamment éloigné des établissements scolaires, où les vendeurs pourraient exercer dans un cadre organisé et réglementé.

Le précédent du marché d’El Louz

Le cas de Bouamama n’est pas isolé. Les services de la commune d’Oran ont engagé, ces derniers mois, plusieurs opérations contre les activités commerciales informelles occupant illicitement l’espace public. Le marché du quartier El Louz avait notamment fait l’objet d’une opération d’évacuation en juillet dernier.

Mais la réapparition des vendeurs sur certains sites précédemment libérés met en évidence une difficulté récurrente : l’absence d’alternatives pérennes favorise la reconstitution des marchés dès que la pression des services de contrôle se relâche.

Dès lors, l’enjeu ne semble plus se limiter à la capacité des autorités à évacuer un marché, mais à empêcher sa reconstitution. Une opération de dégagement, aussi importante soit-elle, perd une grande partie de son efficacité si les mêmes vendeurs peuvent revenir quelques semaines ou quelques mois plus tard sur le même emplacement.

À Bouamama, cette question prend une dimension particulière en raison de la présence des trois établissements scolaires. Le calendrier renforce encore l’urgence : avec la reprise des cours, les flux de piétons et de véhicules augmenteront considérablement aux heures d’entrée et de sortie des classes.

Une alternative plutôt qu’une succession d’évacuations

La situation appelle donc une réponse qui dépasse la seule logique de répression. Le renforcement des contrôles et des rondes demeure nécessaire, mais il devra être accompagné par la recherche d’un site commercial adapté et organisé, permettant aux vendeurs de poursuivre leur activité dans des conditions conformes à la réglementation.

Le dialogue avec les concernés pourrait également contribuer à désamorcer durablement la situation. L’objectif étant de concilier la nécessité de préserver l’ordre et la sécurité aux abords des écoles avec le droit des vendeurs à exercer une activité professionnelle.

La réapparition du marché de Bouamama, après une opération qui avait mobilisé d’importants moyens humains et matériels, rappelle finalement les limites des solutions ponctuelles. Tant qu’une alternative crédible ne sera pas proposée, le risque demeure de voir se répéter le même scénario : évacuation, retour des vendeurs, encombrements et nouvelles interventions.

À quelques semaines de la rentrée scolaire, la question devient dès lors moins celle de l’évacuation du marché que celle de la mise en place d’une solution durable. Car autour d’une école, l’espace public doit d’abord garantir aux élèves un environnement sécurisé et aux riverains un cadre de vie préservé.