Le Maroc secoué par une crise majeure 

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Wassila. B

En conséquence de la guerre contre l’Iran, une crise majeure s’empare du Maroc. Le spectre d’une inflation à deux chiffres se profile de nouveau à l’horizon, et les signaux d’alerte sont déjà au rouge. La menace ne vient pas d’un front direct, mais des répercussions en chaîne d’un conflit qui embrase le détroit d’Ormuz, cette artère vitale par laquelle transite une part considérable du pétrole mondial. La simple perspective d’une fermeture de ce passage stratégique a suffi à faire flamber les cours du brut et à désorganiser les chaînes logistiques internationales. Pour le Maroc, importateur quasi-total de ses besoins en hydrocarbures, l’équation est brutale. Comme le souligne les économistes, une inflation importée guette le pays. La Loi de finances 2026, bâtie sur l’hypothèse fragile d’un baril à 65 dollars, risque d’être caduque avant même d’entrer en vigueur. Dès la seconde moitié de mars, les Marocains devraient ressentir la pression à la pompe, prélude à une hausse généralisée des coûts de transport et de production.

Mais le danger ne s’arrête pas à la facture énergétique. Il frappe au cœur de deux secteurs clés de l’économie nationale : l’agriculture et le tourisme. L’agriculture marocaine, déjà éprouvée par la sécheresse, dépend des importations de soufre et d’ammoniac en provenance du Golfe pour son industrie d’engrais. Or, la région fournit un tiers de ces composants essentiels au marché mondial. Une rupture d’approvisionnement, même partielle, mettrait en péril la production locale, les exportations et, in fine, la sécurité alimentaire du Royaume. C’est toute une filière, pilier de l’emploi et des exportations, qui vacillerait. 

Quant au tourisme, secteur en pleine convalescence, il est menacé par un effet de contagion géographique, aussi injuste soit-il. Dans l’esprit de nombreux voyageurs, le tumulte du Moyen-Orient peut se confondre avec la quiétude d’une destination comme le Maroc. À cette confusion psychologique s’ajoute un obstacle bien réel : la flambée du prix du kérosène. Avec le carburant représentant jusqu’à 30 % des coûts d’exploitation des compagnies aériennes, la hausse des prix des billets est inévitable, risquant de décourager les visiteurs et de compromettre une saison touristique cruciale.

Le Maroc se trouve donc à la croisée des chemins. Il subit, impuissant, les conséquences d’une géopolitique qui le dépasse. L’économie nationale, déjà fragilisée par des inégalités structurelles profondes, ne peut supporter un nouveau choc de cette ampleur sans risquer de graves tensions sociales. Le gouvernement, qui avait promis de maîtriser l’inflation, doit dès à présent envisager des scénarios de crise. Il ne s’agit plus seulement de craindre la réédition du passé, mais de préparer l’avenir en mettant en place des filets de sécurité pour les plus vulnérables et en diversifiant d’urgence nos sources d’approvisionnement stratégiques. Car si la guerre décide de s’installer dans la durée, c’est la résilience même du modèle économique marocain qui sera mise à l’épreuve. Il y a ainsi des leçons de l’histoire qui ne devraient jamais avoir à être répétées. Le Maroc porte encore les stigmates des chocs inflationnistes post-pandémie et du déclenchement de la guerre en Ukraine. En 2022, le Royaume avait été durement frappé par une flambée vertigineuse des prix alimentaires et des carburants, érodant le pouvoir d’achat des citoyens et mettant à rude épreuve les équilibres macroéconomiques.