L’Algérie prône la fraternité énergétique au Sahel

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Wassila. B

L’Algérie joue un rôle fraternel au Sahel, en tissant une toile énergétique au sud de ses frontières. La preuve la plus récente est l’accord entre Naftal, filiale de Sonatrach, et la société nigérienne SONIDEP, qui prévoit l’installation de trois centres d’enfûtage de gaz butane au Niger ainsi que des discussions sur l’approvisionnement en carburant d’aviation, en essence sans plomb et en bitume, sans oublier un volet dédié à la formation technique. Ce n’est pas un simple contrat commercial, mais bien un coup de maître diplomatique, car l’Algérie change de logiciel en cessant d’être un simple fournisseur passif des marchés européens pour construire au Sahel un véritable espace de coopération gagnant-gagnant. Le choix du gaz butane comme produit d’entrée est particulièrement habile, puisqu’il s’agit d’une énergie domestique de première nécessité utilisée quotidiennement par des millions de ménages, et sécuriser cet approvisionnement permet à l’Algérie de s’installer durablement dans la vie ordinaire des populations.

Le Niger est à cet égard un terrain révélateur, car avec un taux d’accès à l’électricité de seulement 19,5 % selon la Banque mondiale, ce pays cumule les déficits énergétiques et les besoins infrastructurels criants. Alger a compris que là où les besoins sont immenses, la marge de partenariat est tout aussi grande. Ce qui distingue la démarche algérienne, c’est sa cohérence d’ensemble, car il ne s’agit pas d’une initiative isolée mais d’un soft power énergétique déployé sur plusieurs fronts simultanément. Sonelgaz construit une centrale électrique de 40 MW offerte au Niger, Sonatrach relance les forages sur le bloc pétrolier de Kafra dans le nord du pays, Naftal s’apprête à implanter des centres d’enfûtage, des formations sont proposées aux cadres nigériens, et les discussions portent déjà sur le bitume, donc sur les routes elles-mêmes. C’est une présence systémique qui couvre l’amont et l’aval, la production et la distribution, les infrastructures et le capital humain, et ce schéma se reproduit au Tchad avec une première livraison de GPL en mai 2026 et un projet de centrale identique. Il y a là une doctrine, pas une série de coïncidences. Cette coopération énergétique s’inscrit dans un contexte géopolitique particulièrement mouvementé, car le Sahel a connu ces dernières années un basculement profond avec une redéfinition des partenariats sécuritaires. Dans cet espace reconfiguré, l’Algérie cherche à tisser des partenariats durables par l’économie et l’énergie, là où d’autres ont misé sur la force ou la conditionnalité, et elle dispose d’un avantage comparatif décisif : la proximité géographique, la continuité territoriale avec le Niger, et des entreprises publiques capables de déployer des projets structurants sans les conditionnalités imposées par les bailleurs occidentaux. Son offre apparaît ainsi politiquement fraternelle et économiquement concrète, une combinaison rare dans cette région.