L’Algérie, le Nigeria et le Niger : le pari du gazoduc transsaharien

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Wassila. B

Alger abrite une réunion qui pourrait bien marquer un tournant décisif dans l’histoire énergétique du continent. La 5e réunion ministérielle du Comité de pilotage du projet de gazoduc transsaharien (TSGP) réunira les ministres des hydrocarbures de l’Algérie, du Nigeria et du Niger. Derrière cet intitulé technique se cache une ambition gigantesque : faire renaître un projet vieux de plusieurs décennies, pour en faire l’artère énergétique la plus stratégique d’Afrique. Les chiffres donnent le vertige. Près de 4 200 kilomètres de pipeline devant relier le Nigeria à l’Algérie en passant par le Niger, pour acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz vers l’Europe. Un mastodonte dont la construction débutera après le ramadan 2026 pour une mise en service espérée en 2029. Mais au-delà des kilomètres de tuyaux et des débits, c’est bien une nouvelle donne géopolitique qui s’écrit.

L’urgence européenne a tout changé. Privé du gaz russe, fragilisé par les incertitudes pesant sur les approvisionnements qataris avec les tensions dans le Golfe, le Vieux Continent cherche désespérément des alternatives stables et fiables. Le TSGP arrive à point nommé. L’Europe, qui vise la neutralité carbone en 2050, aura encore besoin de gaz pendant au moins trente ans. Chaque mètre cube extrait du Sahara et acheminé vers le Nord trouvera preneur. Et c’est là que le projet prend tout son sens : cette manne ne doit pas être simplement consommée ; elle doit être monétisée pour préparer l’après-pétrole.

L’Afrique tient là une occasion historique. Alors que le détroit d’Ormuz reste sous les bombes et que le baril flambe, les revenus spot du GNL nigérian grimpent de 25 %, ceux du brut algérien de 18 %. L’Europe annonce une hausse de 30 % de ses achats d’urgence, l’Asie de 40 %. Des chiffres qui donnent le tournis. Selon les projections de l’APPO (African Petroleum Producers Organization), l’Algérie verrait son PIB bondir de trois points. Une aubaine qui, si elle est bien gérée, pourrait financer la diversification économique tant attendue, bâtir des écoles, des hôpitaux, des usines, et réduire la dépendance chronique du continent aux aléas des cours mondiaux. C’est là que le volontarisme algérien, moteur indéfectible du projet, devra s’allier à une coopération et diplomatique accrue avec Niamey et Abuja. L’urgence géopolitique et la flambée des prix pourraient heureusement agir comme un catalyseur. Les partenaires internationaux, notamment européens, auront tout intérêt à investir dans la sécurisation de ce qui deviendra l’artère énergétique la plus stratégique du continent.

Le TSGP joue la carte de la ligne droite. Une ligne droite qui, pour la première fois, pourrait sortir l’Afrique de son rôle de simple fournisseur de matières premières pour l’ériger en acteur souverain de sa propre destinée énergétique. Le pari est ambitieux. Mais il est désormais à portée de main. Á Alger, l’histoire s’écrit encore un peu plus.