R.H
La campagne électorale pour les élections législatives du 2 juillet connaît une mutation profonde. Les outils numériques et les plateformes interactives s’imposent désormais comme des vecteurs incontournables de présentation des programmes et de mobilisation des électeurs, marquant une rupture avec les méthodes traditionnelles.
Depuis le lancement de la campagne, l’utilisation intensive des réseaux sociaux – diffusions en direct, publications interactives, espaces de commentaires – offre aux candidats un canal d’échange instantané avec les citoyens. Une tendance qui transforme en profondeur la relation entre les prétendants au suffrage et l’électorat. Interrogée, Mme Amel Hadja, enseignante en sociologie politique à l’École nationale supérieure des sciences politiques (ENSSP), estime que « cette transformation structurelle a insufflé une nouvelle dynamique au processus électoral, fondée sur l’interaction et l’échange d’opinions ». Elle souligne que « cette communication numérique directe s’opère désormais en temps réel, d’autant que les jeunes sont devenus des acteurs influents dans l’espace numérique ». Selon elle, les jeunes « ne sont plus de simples récepteurs passifs des messages politiques, mais participent à leur élaboration, favorisant la démocratisation de l’accès à l’information et l’émergence de la citoyenneté numérique ».
Mme Hadja relève également qu’« après avoir été longtemps confinés aux rassemblements traditionnels et aux médias classiques, les programmes politiques sont désormais accessibles à de larges pans de la société, sans coût », un atout majeur compte tenu de l’étendue géographique du territoire algérien. Ce type de communication, ajoute-t-elle, contribue au renouvellement du discours politique et offre une véritable opportunité aux nouveaux profils de se faire connaître à moindre coût. Pour M. Aïd Zeghlami, professeur à la faculté des sciences de l’information et de la communication (Alger 3), cette orientation vers le numérique constitue « une étape incontournable pour suivre l’évolution de l’époque et garantir la rapidité du flux d’information ». Il préconise néanmoins « une approche binaire équilibrée, combinant l’exploitation optimale des technologies modernes et le travail de terrain, à travers des meetings populaires et des sorties de proximité ».
Mme Makfoudji Houria, spécialiste en sciences sociales, abonde dans le même sens : la tendance numérique repose sur les nouvelles réalités sociales, l’espace numérique permettant de produire des moyens renouvelés de « rapprochement politique », grâce à la rapidité de communication et à l’interaction directe. Elle nuance toutefois : « La numérisation est devenue un prolongement des liens politiques traditionnels plutôt qu’une alternative », le contact direct restant « prédominant ».
Les spécialistes s’accordent donc à dire que les plateformes virtuelles façonnent désormais les contours de la scène politique, mais que la transformation numérique demeure « un outil complémentaire nécessitant une combinaison avec le travail de terrain ».



