Meriem B
L’agriculture algérienne vient de franchir une étape inédite dans son rapprochement avec les technologies de pointe. À l’Université Oran 1 Ahmed Ben Bella, les soutenances de la première promotion nationale de master en agriculture de précision ont consacré l’émergence d’une nouvelle filière universitaire appelée à former les futurs spécialistes de l’agriculture intelligente, un domaine devenu stratégique pour les ambitions nationales de sécurité alimentaire et de modernisation du secteur agricole.
Accueilli ce dimanche à la Faculté des sciences de la nature et de la vie, la première soutenante dans cette nouvelle spécialité a réuni responsables universitaires, enseignants, étudiants et partenaires du secteur autour d’une formation pionnière qui place l’Algérie dans le cercle encore restreint des pays misant sur les technologies avancées pour optimiser la production agricole et préserver les ressources naturelles.
Une formation née d’une vision anticipatrice
Pour le directeur de l’Université Oran 1, le Pr Abdelmalek Amine, cette première nationale constitue bien davantage qu’un simple aboutissement académique. Elle représente l’aboutissement d’un projet en parfaite cohérence avec les orientations stratégiques de l’État visant à renforcer les compétences scientifiques dans les secteurs à fort potentiel de développement.
Le doyen de la Faculté des sciences de la nature et de la vie, le Pr Zoheir Melouk, a pour sa part souligné la portée particulière de cette première promotion. Selon lui, l’agriculture ne peut plus être appréhendée uniquement comme une activité de production. Elle est devenue un enjeu majeur de souveraineté nationale, de stabilité économique et de sécurité alimentaire.
Dans ce contexte, l’agriculture de précision apparaît comme une réponse concrète aux défis contemporains. Elle repose sur l’exploitation des technologies numériques pour mieux comprendre les sols, surveiller les cultures, optimiser l’irrigation et améliorer les rendements tout en réduisant les coûts et l’impact environnemental.
Quand l’intelligence artificielle entre dans les champs
Cette nouvelle génération d’agronomes est appelée à maîtriser des outils jusque-là peu répandus dans les exploitations agricoles algériennes : drones, capteurs intelligents, systèmes d’information géographique, images satellitaires, intelligence artificielle et analyse de données massives.
L’objectif est de permettre aux agriculteurs de prendre des décisions plus précises et plus rapides afin d’améliorer la rentabilité de leurs exploitations tout en rationalisant l’utilisation de l’eau, des engrais et des produits phytosanitaires.
Pour le Pr Benaissa Noureddine, responsable de la spécialité, cette approche répond directement aux besoins actuels du secteur agricole. L’utilisation des nouvelles technologies offre des perspectives importantes en matière d’augmentation des rendements, de réduction des coûts de production et d’amélioration globale de la performance des exploitations.
L’aboutissement d’un projet international
La naissance de cette spécialité remonte à plusieurs années. Responsable de la formation, le Pr Belkhodja Moulay rappelle qu’elle a vu le jour dans le cadre d’un projet Erasmus financé par l’Union européenne. Lancée à partir de 2017 sous la forme d’une licence professionnelle, elle a progressivement évolué jusqu’à déboucher aujourd’hui sur la formation des premiers diplômés de master.
Conçue dès l’origine comme une formation professionnalisante, la filière s’appuie sur un vaste réseau de partenariats avec les directions des services agricoles, des organismes interprofessionnels et plusieurs institutions spécialisées. Ces collaborations permettent aux étudiants de confronter leurs acquis théoriques aux réalités du terrain et de développer des solutions adaptées aux besoins des agriculteurs.
Des recherches au service de l’agriculture nationale
Les travaux présentés lors de cette première soutenance illustrent parfaitement cette orientation appliquée. Les étudiantes Sarra Khatou et Halima Merabet ont notamment consacré leur mémoire à la détection et à la gestion de l’infestation de Dactylopius opuntiae, un ravageur qui menace les cultures de figuier de Barbarie en Algérie.
Leur étude combine l’imagerie hyperspectrale, les techniques d’apprentissage automatique et l’utilisation de biopesticides à base d’huiles essentielles afin de proposer une solution innovante et respectueuse de l’environnement. Une approche qui permet non seulement de détecter rapidement les attaques du parasite, mais également de réduire le recours aux pesticides chimiques.
Cap sur le doctorat
Forte de cette première promotion, composée d’ une quinzaine d’étudiants, l’équipe pédagogique envisage désormais l’ouverture d’une formation doctorale afin d’assurer la continuité de ce parcours unique en Algérie.
Au-delà de la réussite de cette première soutenance, l’événement consacre surtout l’émergence d’une expertise nationale dans un domaine appelé à jouer un rôle déterminant dans l’avenir du secteur agricole. À l’heure où la sécurité alimentaire figure parmi les priorités stratégiques du pays, l’agriculture de précision apparaît désormais comme l’un des leviers les plus prometteurs pour conjuguer innovation technologique, performance économique et développement durable.




