L’ingénieur Bouziane Gellouh, ancien directeur de l’établissement Oran Propreté :« La propreté urbaine ne dépend plus uniquement des camions, mais d’une planification intelligente et de l’engagement du citoyen »

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Propos recueillis par Habib Benaouda 

À l’heure où les grandes villes sont confrontées à une croissance démographique soutenue et à une urbanisation de plus en plus rapide, la gestion des déchets ménagers s’impose comme un enjeu majeur de gouvernance urbaine. Longtemps limitée aux opérations de collecte et de transport des ordures, elle relève aujourd’hui d’une approche globale intégrant la planification, les technologies numériques, la valorisation des déchets et la participation citoyenne.

Ancien directeur de l’entreprise Oran Propreté, l’ingénieur Bouziane Gellouh livre, dans cet entretien, son analyse des mutations profondes que connaît ce secteur. Il revient sur les technologies les plus performantes déployées à l’échelle internationale, les principes qui doivent guider l’élaboration d’un schéma moderne de gestion des déchets, les critères de répartition des conteneurs ainsi que les conditions indispensables à l’amélioration durable de la propreté urbaine.

Cap dz: Comment appréciez-vous aujourd’hui la gestion des déchets ménagers dans une grande ville comme Oran ?

Bouziane Gellouh : La gestion des déchets ne consiste plus simplement à ramasser les ordures pour les acheminer vers un centre d’enfouissement. Elle couvre désormais l’ensemble du cycle, depuis la production des déchets au sein des ménages jusqu’à leur tri, leur collecte, leur transport, leur traitement, puis leur valorisation à travers le recyclage. Cette évolution est devenue incontournable dans les grandes agglomérations, où la croissance démographique impose des méthodes de gestion fondées sur la planification scientifique et les nouvelles technologies.

Cap dz: Quelles sont les solutions technologiques les plus efficaces aujourd’hui pour assurer la collecte des déchets ménagers ?

Bouziane Gellouh : Plusieurs innovations ont fait leurs preuves. Les camions-bennes compacteurs de grande capacité permettent de réduire sensiblement le nombre de rotations. Les conteneurs enterrés ou semi-enterrés améliorent, quant à eux, la qualité du cadre urbain en limitant les odeurs et l’impact visuel.

Une autre avancée importante réside dans les conteneurs intelligents, équipés de capteurs capables de mesurer leur taux de remplissage et de transmettre automatiquement ces données aux centres de supervision. Les services de collecte interviennent ainsi uniquement lorsque cela est nécessaire, ce qui optimise les moyens humains et matériels.

À cela s’ajoutent les systèmes de géolocalisation (GPS), désormais largement utilisés pour suivre les véhicules en temps réel, optimiser leurs itinéraires et réduire la consommation de carburant. Ces outils constituent aujourd’hui un levier essentiel pour améliorer les performances des services de propreté.

Cap dz: Quels sont les fondements d’un schéma efficace de gestion des déchets à l’échelle de la wilaya d’Oran ?

Bouziane Gellouh : Tout commence par une connaissance précise des quantités de déchets produites quotidiennement. Cette évaluation permet ensuite de répartir les conteneurs selon la densité de population et la nature des activités économiques de chaque secteur. Les circuits et les horaires de collecte doivent également être adaptés aux spécificités de chaque quartier.

Un schéma performant prévoit aussi des espaces réservés aux déchets encombrants ainsi qu’aux déchets issus des chantiers. Il doit, en parallèle, encourager le tri sélectif des matières recyclables, notamment le plastique, le papier, le verre et les métaux. Enfin, la sensibilisation demeure un élément central, car aucune politique de propreté ne peut réussir sans l’adhésion du citoyen.

Cap dz: Sur quels critères repose le choix de l’emplacement des conteneurs ?

Bouziane Gellouh : Rien n’est laissé au hasard. Le positionnement des conteneurs s’appuie sur des études de terrain prenant en compte plusieurs paramètres : la population desservie, la configuration des quartiers, la largeur des trottoirs et l’accessibilité pour les camions de collecte.

Il est également indispensable de respecter des distances appropriées par rapport aux immeubles d’habitation, aux établissements scolaires et aux structures de santé afin de prévenir toute nuisance ou tout risque sanitaire. Cette cartographie doit être régulièrement actualisée pour accompagner l’évolution des quartiers et des besoins de la population.

Cap dz: Quel est le cadre juridique qui régit la gestion des déchets en Algérie ?

Bouziane Gellouh : L’Algérie dispose d’un arsenal juridique relativement complet. La loi n° 01-19 du 12 décembre 2001 relative à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets définit les responsabilités des différents intervenants dans les opérations de collecte, de transport et de traitement.

Elle est complétée par la loi n° 03-10 du 19 juillet 2003 relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable, qui constitue le texte de référence en matière de préservation du milieu naturel et de lutte contre les différentes formes de pollution. Des décrets exécutifs viennent préciser les modalités d’application de ces dispositions, notamment en ce qui concerne le tri des déchets et la gestion des centres d’enfouissement technique.

Cap dz: Les investissements matériels suffisent-ils à garantir la propreté d’une ville ?

Bouziane Gellouh : Certainement pas. Les équipements, aussi performants soient-ils, ne peuvent produire les résultats escomptés sans une implication effective des citoyens. Le respect des horaires de dépôt des déchets, l’interdiction de jeter les gravats ou les meubles usagés dans les conteneurs destinés aux ordures ménagères, ainsi que la préservation des équipements publics constituent autant de conditions essentielles à la réussite de toute stratégie de propreté urbaine.

Cap dz: Comment voyez-vous évoluer la gestion des déchets dans les années à venir ?

Bouziane Gellouh : L’avenir est clairement celui de l’économie circulaire. Les déchets ne doivent plus être perçus comme une simple charge, mais comme une ressource susceptible d’être valorisée à travers le recyclage, la récupération des matières réutilisables, la production d’énergie ou encore la fabrication de compost.

Parallèlement, la numérisation transformera profondément les modes de gestion. Le suivi en temps réel des conteneurs et des véhicules permettra d’améliorer la qualité du service public, d’optimiser les coûts d’exploitation et de renforcer la protection de l’environnement.

Cap dz: Un dernier mot ?

Bouziane Gellouh : La propreté d’une ville est une responsabilité partagée entre les établissements chargés de la collecte, les collectivités locales et les citoyens. Lorsque chacun assume pleinement son rôle, il devient possible d’offrir un cadre de vie propre, de préserver durablement la santé publique et de protéger l’environnement, d’autant plus que les défis écologiques et l’augmentation continue de la production des déchets ménagers imposent aujourd’hui une mobilisation de tous.