Meriem B

La première Université d’été de l’Organisation nationale des journalistes algériens (ONJA) s’est achevée samedi à Oran avec une série de recommandations destinées à renforcer la capacité des médias nationaux à faire face à la désinformation, aux contenus manipulés et aux nouvelles formes de « guerre des récits ».

Organisée du 27 au 29 août sous le thème « Les médias nationaux face aux guerres des récits », cette première édition a réuni journalistes, professionnels des médias, universitaires et spécialistes de l’information et de la communication autour des profondes mutations que connaît l’écosystème médiatique sous l’effet du numérique et de l’intelligence artificielle.

Lues lors de la cérémonie de clôture par le président de l’ONJA, Slimane Abdouche, les recommandations dessinent une même ligne directrice : ne plus attendre que la rumeur ou le contenu manipulé s’installe dans l’espace public pour y répondre, mais renforcer la capacité des médias à anticiper, vérifier et produire une information fiable.

Parmi les principales propositions figure la création d’un observatoire national consacré à la désinformation et aux guerres des récits. Conçu comme une structure permanente, il devrait associer journalistes, universitaires et experts des médias, de la communication, des technologies, des données et de la sécurité numérique. Il aurait notamment pour mission de surveiller les contenus trompeurs, d’en identifier les sources et d’analyser leurs mécanismes de propagation.

Les participants préconisent également la mise en place d’un « radar national » des fake news, chargé de détecter, signaler et déconstruire les informations fausses, erronées ou fabriquées. L’objectif est clairement affiché : passer d’une culture du démenti à une véritable politique d’anticipation.

« Occuper le terrain » de l’information

Cette évolution suppose, selon les recommandations, de renforcer la production de contenus explicatifs, analytiques et documentés. Les médias sont ainsi appelés à « occuper le terrain » en apportant rapidement au public des informations vérifiées, contextualisées et accessibles, notamment sur les questions d’intérêt national.

La formation des journalistes constitue, dans ce dispositif, un autre axe majeur. La vérification numérique devrait être davantage intégrée à la formation initiale et continue, avec l’apprentissage des techniques d’authentification des images et des vidéos, l’identification des sources, l’analyse des comptes numériques ainsi que la vérification géographique et temporelle des contenus.

Le journalisme de données figure également parmi les priorités, avec l’objectif de permettre aux professionnels de mieux exploiter les statistiques, chiffres et documents officiels pour les transformer en contenus journalistiques lisibles, fiables et vérifiables.

L’intelligence artificielle appelle, elle aussi, de nouvelles règles professionnelles. Les participants ont plaidé pour une meilleure maîtrise des outils d’IA tout en alertant sur les risques liés aux contenus synthétiques, aux deepfakes et à leur utilisation à des fins de manipulation. Son intégration dans les pratiques journalistiques devra ainsi rester encadrée par les exigences de vérification, d’éthique et de responsabilité professionnelle.

Une présence numérique renforcée

Les recommandations préconisent par ailleurs une stratégie numérique plus offensive, fondée sur le développement de nouveaux formats et une présence accrue des médias sur les réseaux sociaux. Ceux-ci ne sauraient toutefois être assimilés automatiquement à des sources d’information : les contenus qui y circulent doivent être soumis aux mêmes exigences de vérification que toute autre information.

L’ONJA appelle également à développer une production médiatique nationale multilingue afin de toucher les publics au-delà des frontières et de mieux faire connaître l’Algérie, ses institutions, ses positions et ses atouts à travers des contenus professionnels et fondés sur les faits.

La coopération entre médias, université et centres de recherche devra, dans le même temps, être renforcée à travers des travaux communs consacrés à la désinformation, à l’intelligence artificielle, au journalisme de données et aux mutations de l’information numérique. Des réseaux professionnels de partage d’expériences sont également proposés entre les différents médias.

Sur le plan déontologique, les participants réaffirment leur attachement à l’exactitude, à la vérification, à l’objectivité, au respect de la vie privée, des droits des personnes et du droit de réponse. Ils recommandent notamment l’élaboration d’une charte professionnelle consacrée au traitement des informations non confirmées, depuis leur vérification jusqu’à leur publication et, le cas échéant, leur correction.

Vers un rendez-vous annuel

L’ONJA souhaite enfin inscrire l’Université d’été dans la durée en faisant de cette initiative un rendez-vous annuel. Des ateliers spécialisés devraient être organisés régulièrement autour de la vérification numérique, de l’intelligence artificielle, du journalisme de données, de la sécurité numérique et de la création de contenus.

Un guide professionnel du journaliste dans l’environnement numérique est également proposé. Il devrait regrouper les règles et bonnes pratiques relatives à la vérification des informations, des images, des vidéos et des sources, ainsi qu’à l’utilisation de l’intelligence artificielle.

Au-delà des outils, les recommandations mettent ainsi l’accent sur un enjeu central : restaurer et préserver la crédibilité de l’information journalistique dans un espace numérique où la vitesse de diffusion tend souvent à prendre le pas sur la vérification.

La clôture de cette première édition a également été marquée par l’expression de la solidarité de l’ONJA avec les familles des victimes des incendies ayant touché plusieurs régions du pays, notamment Jijel. L’organisation a, par ailleurs, renouvelé son soutien aux journalistes palestiniens confrontés à la guerre et rendu hommage à ceux qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur métier. Elle a également exprimé sa solidarité avec les prisonniers politiques sahraouis détenus dans les prisons marocaines ainsi qu’avec les journalistes de la République arabe sahraouie démocratique.