Bakhta Bacha

Les rejets industriels et urbains transportés par l’oued Mouilah constituent une source majeure de préoccupation pour la qualité des eaux du barrage de Hammam Boughrara. Dr Linda Abi Ayad, docteur en sciences biologiques, alerte sur la présence de polluants métalliques, notamment le cadmium, et sur les risques liés à leur accumulation dans les milieux aquatiques. S’appuyant sur des travaux antérieurs menés dans la région, la spécialiste souligne la dimension transfrontalière du problème et ses répercussions potentielles sur les ressources hydriques, la biodiversité et les usages de l’eau.
Cap dz : Vos recherches portent depuis plusieurs années sur la pollution des milieux aquatiques. Quels constats avez-vous établis dans la région ouest du pays ?
Dr Linda Abi Ayad : Tout au long de mon cursus universitaire, du magistère au doctorat, j’ai travaillé sur la pollution des zones côtières de la région oranaise, notamment à Béni Saf et à Honaïne. Ces travaux m’ont permis d’aborder différentes formes de pollution, d’origine urbaine et industrielle, qui affectent les ports et les plages. Il s’agit d’une problématique environnementale importante, avec des conséquences possibles sur la santé publique et sur la préservation de la biodiversité marine et côtière.
Cette question se pose également avec acuité dans la région de Tlemcen, en particulier au niveau du barrage de Hammam Boughrara, qui reçoit des apports polluants acheminés par les cours d’eau.
Cap dz: Vous décrivez le barrage de Hammam Boughrara comme un milieu exposé à une accumulation de polluants. Quels phénomènes observez-vous ?
Dr Linda Abi Ayad : L’accumulation des polluants au fil du temps favorise une dégradation de la qualité des eaux. L’un des phénomènes préoccupants est l’eutrophisation, liée notamment à un enrichissement du milieu en éléments nutritifs tels que les phosphates. Elle peut provoquer une prolifération excessive des algues, perturber l’équilibre de l’écosystème et favoriser la dégradation de la matière organique.
Cette dégradation peut entraîner une consommation importante de l’oxygène dissous, avec des phénomènes d’asphyxie et de putréfaction. Ces déséquilibres constituent une menace pour la vie aquatique et le fonctionnement de l’écosystème du barrage.
Cap dz : Vous mettez particulièrement en cause les apports transportés par l’oued Mouilah. Quelle est l’origine de cette pollution ?
Dr Linda Abi Ayad : Il faut distinguer les différents cours d’eau qui alimentent le bassin et les sources de pollution qui leur sont associées. L’oued Tafna est notamment lié au bassin de Tlemcen, tandis que l’oued Mouilah prend sa source du côté marocain avant de pénétrer en territoire algérien.
Or, l’oued Mouilah reçoit des rejets d’origine industrielle en amont, dans la zone frontalière marocaine. Ces apports sont transportés par le cours d’eau et peuvent contribuer à la pollution des milieux situés en aval, notamment du barrage de Hammam Boughrara. C’est précisément cette dimension transfrontalière qui rend la situation préoccupante : les polluants introduits en amont peuvent franchir la frontière avec les eaux et atteindre les ressources hydriques situées du côté algérien.
Cap dz : Quels types de polluants ont été signalés dans les rejets acheminés par l’oued Mouilah ?
Dr Linda Abi Ayad : Les rejets industriels évoqués comprennent notamment des polluants métalliques, dont le cadmium et le plomb, qui présentent des risques pour les milieux aquatiques et la santé publique. Les travaux antérieurs auxquels je me réfère ont également mis en évidence des perturbations des concentrations en nitrates et en phosphore, avec des valeurs signalées comme supérieures aux limites de référence retenues dans ces études.
Ces éléments montrent l’importance de la charge polluante susceptible d’être transportée par les cours d’eau. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une pollution organique : la présence de substances métalliques ajoute une autre dimension au problème et renforce la nécessité de surveiller la qualité des eaux.
Cap dz : Vous avancez des concentrations de cadmium comprises entre 0,03 et 0,06 mg/l. Que révèlent ces résultats ?
Dr Linda Abi Ayad : Les concentrations que j’évoque, comprises entre 0,03 et 0,06 mg/l, sont préoccupantes au regard de la valeur de référence de 0,01 mg/l citée dans mes déclarations. Elles illustrent le risque associé à la présence de cadmium dans les rejets concernés.
Le cadmium peut avoir des effets néfastes sur les organismes vivants. Lorsque les eaux contaminées sont acheminées vers d’autres milieux, les conséquences potentielles ne se limitent pas au cours d’eau lui-même. Elles peuvent concerner les écosystèmes aquatiques et, selon les conditions de transfert et d’exposition, les eaux utilisées pour l’irrigation, les ressources destinées à la consommation et les nappes phréatiques.
Il faut néanmoins toujours rattacher ces concentrations aux prélèvements et aux études dont elles sont issues, afin de préciser le milieu analysé et les conditions dans lesquelles les mesures ont été réalisées.
Cap dz: Le problème dépasse donc la seule qualité des eaux du barrage ?
Dr Linda Abi Ayad : Oui. Les cours d’eau assurent le transport des substances présentes dans leur bassin versant. Les polluants peuvent ainsi se déplacer d’un milieu à un autre et affecter différents compartiments de l’environnement. Les risques concernent notamment les eaux de surface, les écosystèmes aquatiques et, selon les voies de transfert, les nappes phréatiques.
Les conséquences potentielles peuvent également atteindre les milieux côtiers lorsque les polluants sont transportés jusqu’au littoral. Dans la région oranaise, la pollution des plages et des ports constitue déjà une problématique environnementale importante, à laquelle peuvent s’ajouter les rejets portuaires et les apports urbains et industriels.
Cap dz : Vos déclarations s’appuient sur des travaux antérieurs de l’Université de Tlemcen et du Centre universitaire de Maghnia. Quelle importance accordez-vous à ces résultats ?
Dr Linda Abi Ayad : Ces travaux ont signalé des anomalies dans la qualité des eaux, notamment concernant les concentrations en nitrates et en phosphore, avec des dépassements des valeurs de référence mentionnées par les études. Ils ont contribué à mettre en évidence la nécessité de s’intéresser aux apports polluants et à leurs effets sur les milieux aquatiques.
Ces résultats sont importants, car ils montrent que la problématique a déjà fait l’objet d’investigations scientifiques. Pour caractériser précisément son évolution, il reste essentiel de confronter ces données aux analyses les plus récentes, en tenant compte des sites étudiés, des dates de prélèvement et des paramètres mesurés.
Cap dz : Quelles mesures vous semblent prioritaires face à cette pollution transfrontalière ?
Dr Linda Abi Ayad : Il est essentiel de renforcer la surveillance de la qualité des eaux et de suivre les polluants depuis les secteurs amont jusqu’aux milieux situés en aval. Des analyses régulières permettraient de mieux caractériser les rejets, d’évaluer leur évolution et de mesurer leurs effets sur les écosystèmes et les usages de l’eau.
Dans le cas de l’oued Mouilah, la dimension transfrontalière est incontournable. La pollution provenant de l’amont ne peut être appréhendée uniquement à partir des observations effectuées au niveau du barrage. Il faut prendre en compte l’ensemble du parcours de l’eau et les apports qui s’y ajoutent. L’enjeu est de mieux comprendre les transferts de polluants afin de préserver durablement les ressources hydriques et la biodiversité.
Bakhta Bacha
Les rejets industriels et urbains transportés par l’oued Mouilah constituent une source majeure de préoccupation pour la qualité des eaux du barrage de Hammam Boughrara. Dr Linda Abi Ayad, docteur en sciences biologiques, alerte sur la présence de polluants métalliques, notamment le cadmium, et sur les risques liés à leur accumulation dans les milieux aquatiques. S’appuyant sur des travaux antérieurs menés dans la région, la spécialiste souligne la dimension transfrontalière du problème et ses répercussions potentielles sur les ressources hydriques, la biodiversité et les usages de l’eau.
Cap dz : Vos recherches portent depuis plusieurs années sur la pollution des milieux aquatiques. Quels constats avez-vous établis dans la région ouest du pays ?
Dr Linda Abi Ayad : Tout au long de mon cursus universitaire, du magistère au doctorat, j’ai travaillé sur la pollution des zones côtières de la région oranaise, notamment à Béni Saf et à Honaïne. Ces travaux m’ont permis d’aborder différentes formes de pollution, d’origine urbaine et industrielle, qui affectent les ports et les plages. Il s’agit d’une problématique environnementale importante, avec des conséquences possibles sur la santé publique et sur la préservation de la biodiversité marine et côtière.
Cette question se pose également avec acuité dans la région de Tlemcen, en particulier au niveau du barrage de Hammam Boughrara, qui reçoit des apports polluants acheminés par les cours d’eau.
Cap dz: Vous décrivez le barrage de Hammam Boughrara comme un milieu exposé à une accumulation de polluants. Quels phénomènes observez-vous ?
Dr Linda Abi Ayad : L’accumulation des polluants au fil du temps favorise une dégradation de la qualité des eaux. L’un des phénomènes préoccupants est l’eutrophisation, liée notamment à un enrichissement du milieu en éléments nutritifs tels que les phosphates. Elle peut provoquer une prolifération excessive des algues, perturber l’équilibre de l’écosystème et favoriser la dégradation de la matière organique.
Cette dégradation peut entraîner une consommation importante de l’oxygène dissous, avec des phénomènes d’asphyxie et de putréfaction. Ces déséquilibres constituent une menace pour la vie aquatique et le fonctionnement de l’écosystème du barrage.
Cap dz : Vous mettez particulièrement en cause les apports transportés par l’oued Mouilah. Quelle est l’origine de cette pollution ?
Dr Linda Abi Ayad : Il faut distinguer les différents cours d’eau qui alimentent le bassin et les sources de pollution qui leur sont associées. L’oued Tafna est notamment lié au bassin de Tlemcen, tandis que l’oued Mouilah prend sa source du côté marocain avant de pénétrer en territoire algérien.
Or, l’oued Mouilah reçoit des rejets d’origine industrielle en amont, dans la zone frontalière marocaine. Ces apports sont transportés par le cours d’eau et peuvent contribuer à la pollution des milieux situés en aval, notamment du barrage de Hammam Boughrara. C’est précisément cette dimension transfrontalière qui rend la situation préoccupante : les polluants introduits en amont peuvent franchir la frontière avec les eaux et atteindre les ressources hydriques situées du côté algérien.
Cap dz : Quels types de polluants ont été signalés dans les rejets acheminés par l’oued Mouilah ?
Dr Linda Abi Ayad : Les rejets industriels évoqués comprennent notamment des polluants métalliques, dont le cadmium et le plomb, qui présentent des risques pour les milieux aquatiques et la santé publique. Les travaux antérieurs auxquels je me réfère ont également mis en évidence des perturbations des concentrations en nitrates et en phosphore, avec des valeurs signalées comme supérieures aux limites de référence retenues dans ces études.
Ces éléments montrent l’importance de la charge polluante susceptible d’être transportée par les cours d’eau. Il ne s’agit donc pas uniquement d’une pollution organique : la présence de substances métalliques ajoute une autre dimension au problème et renforce la nécessité de surveiller la qualité des eaux.
Cap dz : Vous avancez des concentrations de cadmium comprises entre 0,03 et 0,06 mg/l. Que révèlent ces résultats ?
Dr Linda Abi Ayad : Les concentrations que j’évoque, comprises entre 0,03 et 0,06 mg/l, sont préoccupantes au regard de la valeur de référence de 0,01 mg/l citée dans mes déclarations. Elles illustrent le risque associé à la présence de cadmium dans les rejets concernés.
Le cadmium peut avoir des effets néfastes sur les organismes vivants. Lorsque les eaux contaminées sont acheminées vers d’autres milieux, les conséquences potentielles ne se limitent pas au cours d’eau lui-même. Elles peuvent concerner les écosystèmes aquatiques et, selon les conditions de transfert et d’exposition, les eaux utilisées pour l’irrigation, les ressources destinées à la consommation et les nappes phréatiques.
Il faut néanmoins toujours rattacher ces concentrations aux prélèvements et aux études dont elles sont issues, afin de préciser le milieu analysé et les conditions dans lesquelles les mesures ont été réalisées.
Cap dz: Le problème dépasse donc la seule qualité des eaux du barrage ?
Dr Linda Abi Ayad : Oui. Les cours d’eau assurent le transport des substances présentes dans leur bassin versant. Les polluants peuvent ainsi se déplacer d’un milieu à un autre et affecter différents compartiments de l’environnement. Les risques concernent notamment les eaux de surface, les écosystèmes aquatiques et, selon les voies de transfert, les nappes phréatiques.
Les conséquences potentielles peuvent également atteindre les milieux côtiers lorsque les polluants sont transportés jusqu’au littoral. Dans la région oranaise, la pollution des plages et des ports constitue déjà une problématique environnementale importante, à laquelle peuvent s’ajouter les rejets portuaires et les apports urbains et industriels.
Cap dz : Vos déclarations s’appuient sur des travaux antérieurs de l’Université de Tlemcen et du Centre universitaire de Maghnia. Quelle importance accordez-vous à ces résultats ?
Dr Linda Abi Ayad : Ces travaux ont signalé des anomalies dans la qualité des eaux, notamment concernant les concentrations en nitrates et en phosphore, avec des dépassements des valeurs de référence mentionnées par les études. Ils ont contribué à mettre en évidence la nécessité de s’intéresser aux apports polluants et à leurs effets sur les milieux aquatiques.
Ces résultats sont importants, car ils montrent que la problématique a déjà fait l’objet d’investigations scientifiques. Pour caractériser précisément son évolution, il reste essentiel de confronter ces données aux analyses les plus récentes, en tenant compte des sites étudiés, des dates de prélèvement et des paramètres mesurés.
Cap dz : Quelles mesures vous semblent prioritaires face à cette pollution transfrontalière ?
Dr Linda Abi Ayad : Il est essentiel de renforcer la surveillance de la qualité des eaux et de suivre les polluants depuis les secteurs amont jusqu’aux milieux situés en aval. Des analyses régulières permettraient de mieux caractériser les rejets, d’évaluer leur évolution et de mesurer leurs effets sur les écosystèmes et les usages de l’eau.
Dans le cas de l’oued Mouilah, la dimension transfrontalière est incontournable. La pollution provenant de l’amont ne peut être appréhendée uniquement à partir des observations effectuées au niveau du barrage. Il faut prendre en compte l’ensemble du parcours de l’eau et les apports qui s’y ajoutent. L’enjeu est de mieux comprendre les transferts de polluants afin de préserver durablement les ressources hydriques et la biodiversité.
