Par Hafida Benarmas

Avec 77,62 mg/l d’ammonium enregistrés en septembre dernier, les analyses révèlent une pollution persistante des eaux alimentant un barrage stratégique de l’Ouest algérien.

Le chiffre mérite que l’on s’y arrête. 77,62 mg/l d’ammonium, relevés le 8 septembre 2026 dans les analyses consacrées aux eaux alimentant le barrage de Hammam Boughrara, dans la wilaya de Tlemcen. C’est près de vingt fois le seuil de référence de 4 mg/l mentionné dans le document dont CAP DZ a obtenu copie et qu’il révèle en exclusivité. Au-delà de cette valeur particulièrement élevée, c’est la persistance des dépassements qui retient l’attention. Sept prélèvements, effectués entre le 31 mars et le 8 septembre, affichent des concentrations comprises entre 39 et 77,62 mg/l. La moyenne atteint 51,09 mg/l, soit près de treize fois le seuil indiqué.
Les chiffres ne décrivent donc pas un incident isolé. Ils mettent en évidence une situation durable, malgré des variations importantes d’un prélèvement à l’autre. Après une baisse à 40 mg/l en août, la concentration bondit à 77,62 mg/l en septembre, atteignant son niveau le plus élevé sur l’ensemble de la période étudiée.


Une dégradation qui ne se limite pas à l’ammonium



La synthèse fait également état de dépassements importants concernant la demande chimique en oxygène (DCO), la demande biochimique en oxygène sur cinq jours (DBO5) et les matières en suspension (MES). Ces indicateurs, qui permettent d’apprécier différentes formes de pollution, viennent compléter un tableau préoccupant de la qualité des eaux analysées.
L’enjeu est d’autant plus important que le barrage de Hammam Boughrara occupe une place stratégique dans le dispositif hydraulique de la région. La dégradation de la qualité des eaux qui l’alimentent ne saurait être réduite à une simple question technique. Elle appelle une surveillance rigoureuse et une évaluation précise de ses conséquences sur la ressource.


Le point zéro, une donnée déterminante


Le document accorde une attention particulière au « point zéro », présenté comme exempt de pollution liée aux rejets domestiques et aux activités industrielles locales de la partie algérienne.
Cette indication précise où la pollution apparaît.
Sachant que le bassin de l’oued Mouilah s’inscrit dans un espace hydraulique partagé, où les eaux circulent indépendamment des frontières administratives et où les pollutions en amont affectent les territoires situés en aval.
Selon les éléments recueillis par CAP DZ dans le cadre de son enquête, les rejets provenant de la zone industrielle d’Oujda sont à l’origine de cette charge polluante, transportée par les eaux de l’oued Mouilah vers le territoire algérien. Cette piste, qui donne au dossier une dimension transfrontalière majeure, appelle une confrontation rigoureuse avec les données des prélèvements et les éléments identifiant précisément les sources de contamination.


L’eau, un enjeu qui dépasse la seule question environnementale


L’exclusivité révélée par CAP DZ remet au centre du débat une question devenue stratégique pour l’Ouest algérien : la protection des ressources hydriques dans un contexte de stress hydrique et de tensions régionales.
La question revêt une dimension géopolitique particulière au regard des relations algéro-marocaines et des préoccupations liées à la sécurité des ressources partagées. La protection de l’eau impose, dans ce contexte, une vigilance accrue, des données scientifiques incontestables et l’identification précise des responsabilités.

Avec une moyenne de 51,09 mg/l d’ammonium sur sept prélèvements et un pic de 77,62 mg/l en septembre, les résultats présentés dans le document donnent la mesure de l’alerte, car l’enjeu dépasse largement les limites de la wilaya de Tlemcen. Il touche à la préservation d’une ressource stratégique, à la sécurité hydrique de l’Ouest algérien et à la protection durable des eaux contre toute forme de contamination. Il y a premiditation et instrumentalisation de la pollution à des fins hostiles à l’Algérie. Cette  atteinte,  révéle jusqu’où El Makhzen est prêt à aller pour porter préjudice à l’Algérie, y compris en exposant une ressource vitale à des risques environnementaux majeurs.