L’ère des données numériques souveraines

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Dans la géopolitique du XXIe siècle, la maîtrise de l’information est devenue le marqueur absolu de la puissance des nations. Au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, l’Algérie n’a pas seulement inauguré, hier, un nouveau dispositif technique ; elle a posé la première pierre d’une refondation de l’État. En présidant le lancement officiel du dispositif national de gouvernance des données, le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, a acté le passage d’une administration de gestion à une administration de vision, plaçant la « Souveraineté, l’Organisation et la Transparence » au cœur de l’action publique. Cet événement, placé sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, intervient à un moment charnière. Il concrétise une volonté politique forte, traduite par le décret présidentiel n° 25-320 du 30 décembre 2025. Loin d’être une simple couche réglementaire supplémentaire, ce dispositif est la réponse de l’Algérie aux défis de l’hyper-numérisation mondiale. Comme l’a souligné le Premier ministre, il s’agit d’instaurer un « modèle souverain », capable de transformer la donnée brute en un actif stratégique, au même titre que nos ressources naturelles. Sur le plan politique, c’est une réaffirmation de l’autorité de l’État sur son espace numérique. La souveraineté ne se limite plus aux frontières terrestres ; elle s’étend au cyberespace et aux flux d’informations. En organisant rigoureusement la protection et la classification des données, l’Algérie se dote d’un bouclier contre les ingérences et garantit la pérennité de ses systèmes d’information. C’est le début d’une « gouvernance numérique globale », condition sine qua non pour anticiper les défis futurs.

Sur le plan économique, ce dispositif est un levier de croissance inespéré. L’économie moderne est une économie de la confiance. En instaurant un cadre juridique clair et en s’alignant sur les standards internationaux, l’Algérie envoie un signal fort aux investisseurs : celui d’un pays où la règle est lisible, où la sécurité juridique est garantie et où l’écosystème numérique est fiable. M. Sifi Ghrieb l’a rappelé avec justesse : la transparence et la fiabilité des données sont les moteurs de l’attractivité. Elles permettent de rompre avec l’opacité qui freine l’initiative privée et d’intégrer notre économie dans les chaînes de valeur mondiales. Enfin, pour le citoyen, c’est la promesse d’un service public plus performant. La « qualité de la décision publique », évoquée par le Premier ministre, dépend intrinsèquement de la qualité de l’information disponible. Des données fiables permettent des politiques publiques ciblées, une distribution plus juste des ressources et une administration plus réactive. C’est le socle de l’État moderne et innovant auquel aspirent les Algériens.

Toutefois, la réussite de cette entreprise titanesque se construit. Elle repose désormais sur une « responsabilité collective ». La présence de la Haut-commissaire à la numérisation, Mme Meriem Benmouloud, et de l’ensemble des acteurs institutionnels témoigne d’une synergie nécessaire.