
Wassila. B
Dans le paysage énergétique mondial en pleine recomposition, l’Algérie affirme plus que jamais son statut de puissance gazière majeure et de partenaire fiable. Alors que l’Union européenne s’emploie activement à se défaire de sa dépendance au gaz russe d’ici 2027, les regards se tournent inévitablement vers Alger. La visite imminente du commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, avec pour mission avouée de « consolider le partenariat énergétique », n’est pas un fait du hasard. Elle scelle une réalité géopolitique et économique : la place de l’Algérie sur le marché européen du gaz est non seulement cruciale aujourd’hui, mais elle est appelée à se renforcer davantage.
Cette importance stratégique vient de recevoir une marque de confiance tangible de la part de Bruxelles. L’exemption du gaz naturel liquéfié (GNL) algérien d’une nouvelle réglementation européenne contraignante sur la déclaration d’origine parle d’elle-même. Seuls les fournisseurs jugés les plus sûrs et les plus intégrés, comme les États-Unis et le Qatar, partagent ce privilège. Pour la plateforme spécialisée Attaqa, cette décision « confirme le rôle de l’Algérie en tant que partenaire énergétique fiable et stratégique ». C’est la reconnaissance officielle d’une relation qui dépasse la simple transaction commerciale pour entrer dans le domaine de la sécurité collective et de la coopération à long terme. Les chiffres, plus éloquents que tout discours, démontrent l’ampleur de cette empreinte. En 2025, le Vieux Continent a absorbé 95% des exportations totales de GNL algérien, un quasi-monopole des livraisons qui illustre une orientation délibérée et un partenariat profond. L’Algérie s’est imposée comme le premier fournisseur de GNL de l’Espagne, détrônant les États-Unis, et a significativement augmenté ses expéditions vers l’Italie, avec 47 cargaisons. Cette progression remarquable de 16 cargaisons supplémentaires en un an montre une capacité d’adaptation et une volonté de répondre à la demande croissante. Cette montée en puissance du GNL vient compléter l’infrastructure éprouvée des gazoducs Medgaz et Transmed, artères vitales qui alimentent directement l’Espagne et l’Italie en gaz naturel. Même face à une légère baisse des volumes transitant par conduites, la réponse algérienne a été immédiate et efficace par la mer, prouvant la résilience et la flexibilité de son modèle d’exportation. Dans un contexte où l’UE importe des records historiques de GNL, l’Algérie fait ainsi partie d’un cercle très restreint, (avec les États-Unis, le Qatar et la Russie), qui concentre 90% des approvisionnements totaux du bloc. L’enjeu dépasse désormais les seules quantités. La réunion technique présidée par le ministre Mohamed Tarek Belaribi, évoquant le lancement de projets massifs de logements, rappelle que la manne gazière est le levier du développement national. La stabilité politique, la proximité géographique et la maturité des infrastructures font de l’Algérie un point d’ancrage pour la sécurité énergétique européenne. Le partenariat se construit ainsi sur une base gagnant-gagnant : une Europe en quête de diversification et de stabilité, et une Algérie qui capitalise sur ses ressources pour asseoir son influence et financer son avenir.


