
Wassila. B
L’ancien président de la République, le général Liamine Zéroual, s’est éteint à l’âge de 84 ans. Il nous a quittés en silence. Discrètement. Liamine Zeroual s’en est allé, emportant avec lui une part de la mémoire vive de l’Algérie. Celle d’un patriotisme viscéral, jamais démenti. Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, s’est recueilli, dimanche au Palais du peuple à Alger, à la mémoire de l’ancien président de la République, le moudjahid Liamine Zeroual, Né à Batna le 3 juillet 1941, dans cette ville fière des Aurès, il avait en lui la roche et le vent de la montagne. À seize ans, en 1957, il rejoint l’Armée de libération nationale. L’adolescent devient soldat de la guerre d’indépendance, sans savoir que son destin allait, plus tard, le placer au gouvernail d’un pays à la recherche de son salut.
Après l’indépendance, il ne quitte jamais l’uniforme, mais l’enrichit d’un haut niveau de formation. Il commande l’École militaire de Batna, puis l’Académie militaire de Cherchell. Il dirige des régions militaires, devient commandant des forces terrestres en 1989. Homme de terrain, stratège rigoureux, il incarne cette génération de cadres qui ont bâti l’Armée nationale populaire (ANP) en même temps qu’ils forgeaient l’État.
Puis vint l’épreuve. Les années 1990, terribles. En 1994, l’Algérie a fait appel à lui. Le Haut Comité d’État lui confie les rênes. Il devient chef de l’État, puis, en 1995, président de la République élu. Il a tenu. Liamine Zeroual était un homme de responsabilité. Souverainiste convaincu, républicain intransigeant, il veillait jalousement sur l’autonomie de la décision nationale, sur les fronts diplomatique comme économique. Il refusait l’ingérence. En cela, il était l’héritier direct des principes de novembre 1954.
Mais l’homme du devoir fut aussi l’homme de l’alternance. En 1999, alors qu’il aurait pu se cramponner, il choisit de démissionner et d’organiser une élection présidentielle anticipée. Il passe le flambeau. Un geste rare, presque inouï. Par cette décision, il inscrivait son nom dans la lignée des chefs d’État qui placent l’intérêt national au-dessus de leur propre ambition.
Après son départ, il retourne à Batna. Simplement. Il vit dans sa ville natale, loin des palais, loin des cérémonies. Une vie humble, ordinaire, pour celui qui avait tenu les destinées d’un grand pays dans la tourmente. Cette retraite silencieuse en disait long sur l’homme. Le devoir accompli, il se retirait.
Aujourd’hui, l’Algérie pleure l’un de ses fils les plus dignes. Un moudjahid, un président, un républicain. Mais aussi un homme discret, intègre, qui n’a jamais trahi son serment envers la patrie. Nous nous souvenons de lui comme d’un phare dans la tempête, d’une conscience au pouvoir, d’une main ferme qui n’a jamais tremblé.
Reposez en paix, Monsieur le Président Zeroual. Vous avez sauvé l’Algérie. Vous avez rendu au peuple sa fierté, à l’État sa légitimité, à la démocratie sa chance. Que la terre de l’Algérie, votre première et dernière demeure, vous soit légère.


