
Wassila. B
L’annonce récente par le directeur de l’ONAEA d’un taux d’analphabétisme ramené à 4,7 % est bien plus qu’un simple chiffre statistique : c’est la consécration d’une volonté politique inébranlable et d’un investissement humain exceptionnel. En une décennie, plus de 5,4 millions d’Algériens ont franchi le seuil des connaissances fondamentales, et près de 3,7 millions ont décroché un diplôme d’alphabétisation. Ce résultat, qui place l’Algérie parmi les nations les plus performantes en la matière, est d’autant plus remarquable qu’il a été mené dans un contexte régional parfois instable. Il prouve que notre pays sait, quand il le décide, mener des réformes structurelles d’envergure, en mobilisant l’école, les associations et les médias autour d’un objectif sacré : l’émancipation par le savoir.
Le visage de ce succès est résolument féminin, et c’est là une révolution silencieuse dont l’Algérie peut légitimement s’enorgueillir. Avec plus de 92 % d’apprenantes parmi les nouveaux inscrits, la stratégie nationale a permis de rattraper des décennies de retard éducatif chez les femmes, notamment en milieu rural. En offrant aux mères, aux sœurs et aux filles les clés de la lecture et de l’écriture, l’Algérie ne se contente pas de réduire l’analphabétisme : elle reconstruit le tissu social de l’intérieur, en donnant aux femmes les moyens de s’informer, de protéger leur santé et celle de leurs enfants, et de participer pleinement à la vie citoyenne. Cet acquis est un socle inestimable sur lequel bâtir une société plus juste et plus résiliente.
Mais ce capital humain fraîchement libéré de l’illettrisme ne doit pas rester une simple victoire statistique. Il pose désormais une question économique brûlante : comment transformer cette masse de nouveaux lettrés en un levier concret de productivité et de croissance ? La diversification tant attendue de notre économie, hors des hydrocarbures, passe impérativement par une montée en compétences de toutes les forces vives. Il ne suffit pas de savoir déchiffrer un texte ; il faut pouvoir lire un contrat, comprendre une consigne technique, suivre une formation professionnelle, ou encore utiliser les outils numériques. L’alphabétisation est une porte ouverte, et c’est la formation continue, l’apprentissage des métiers d’avenir et l’accompagnement vers l’entrepreneuriat qui transformeront cette porte en autoroute vers l’emploi durable.
Les victoires sont ainsi immenses, et elles sont à la hauteur de l’exploit déjà accompli. L’Algérie investit massivement dans des passerelles entre l’alphabétisation fonctionnelle et les secteurs porteurs de son économie réelle : l’agriculture moderne, l’industrie manufacturière, les énergies renouvelables et le numérique. Cela implique une synergie étroite entre l’ONAEA, les centres de formation professionnelle, les entreprises et les collectivités locales, afin que chaque femme ou homme alphabétisé puisse voir son nouveau savoir se traduire en revenu et en dignité. La bataille de l’alphabétisation est gagnée ; celle de la valorisation de ce capital humain est aussi gagnée. Et si l’Algérie a su relever le premier défi, elle a tous les atouts pour remporter d’autres batailles, car un peuple qui apprend est un peuple qui entreprend.


