Jalil Mehnane

Le créneau des céréales est depuis quelques semaines  sous la loupe de la justice qui a décelé des dépassements à la pelle, du coup l’Etat a décidé de passer à l’acte et procéder à la fermeture de 45 minoteries qui font l’objet de poursuites judiciaires. La liste de ces minoteries dont nous possédons une copie, révèle les noms de ces sociétés, leurs quotas et leurs capacités de production. Le plus surprenant c’est que 43 minoteries sur les 45 fermées, sont implantées à l’ouest du pays, avec pas moins de 25 unités uniquement à Oran. Cette situation qui, selon les spécialistes en économie, va se répercuter sur l’approvisionnement du marché, ne fait pas peur aux responsables du secteur qui se disent prêts à faire face à ce déséquilibre qui va surtout toucher la région ouest du pays, à travers un plan spécial mis en place visant à alimenter les boulangeries de la wilaya d’Oran de façon régulière, et éviter ainsi le chômage technique et la crise de pain.

En effet, les boulangeries d’Oran et de ses communes seront désormais fournies en farine par les 5 unités de vente du groupe AGRODIV représenté par la Filiale Céréales Ouest. la décision a été prise, lors d’une réunion initiée par le Ministère de l’industrie avec le groupe AGRODIV, spécialisé dans la production, la conception, la commercialisation, l’importation et l’exportation des produits résultant de la transformation des matières premières issues de l’agriculture, de l’élevage ou de la pêche, pour éviter toute perturbation d’approvisionnement du marché en produits céréaliers.

Malheur des uns… et bonheur des autres

Ce rebondissement inattendu, va à coup sûr permettre la redistribution des cartes entre les minoteries, notamment à Oran, qui a vu 25 unités fermées du jour au lendemain. Les grandes parts du marché seront donc partagées entre quelques minoteries relevant du CCLS (Coopérative de céréales et de Légumes Secs d’Oran) qui n’ont pas été touchées, en plus des « gros calibres »qui domine toujours le marché nationale, en dépit de mesures strictes instaurées par l’Etat. Le déséquilibre dont les spécialistes en économie ont évoqué, est énorme, puisque à Oran seule, la capacité de production a chuté de 20.815,00 quintaux soit la quasi-totalité de la production des toutes les unités fermées à l’ouest du pays estimée à 39.614,68 quintaux. Pour l’heure, les signes de crise ne sont pas encore palpables, mais après l’épuisement du stock et de la marchandise du marché, le secteur pour être confronté à une crise, surtout que la période qui arrive sera celle de la fête de l’Aid El Adha, où la demande sur le pain s’accentue. Un véritable défi pour les responsables du secteur, et pour AGRODIV qui doit redoubler sa production pour satisfaire le taux élevé de demande qui sera enregistré au niveau de ces unités.

 La tutelle rassure : « Il n’y aura aucun impact »

Le ministre de l’Agriculture, Cherif Omari, a affirmé à Alger, que la décision du gouvernement concernant la fermeture de minoteries « n’impactera pas l’approvisionnement du marché national en semoule et farine », rapporte l’agence officielle APS. Dans une déclaration à la presse en marge de la conférence nationale sur le développement de la filière céréalière, le ministre de l’agriculture a fait savoir que « le Gouvernement a pris toutes les mesures nécessaires pour l’approvisionnement régulier du marché en ces deux produits essentiels qui seront disponibles en quantités suffisantes ». “Il n’y a aucune crainte à ce sujet”, a-t-il rassuré, ajoutant qu’il s’agit de procédures de contrôle et de suivi ordinaires qui ont été imposées à tous les producteurs nationaux et privés pour la régulation du marché”. A une question sur la campagne moissonnage-battage, lancée fin juin dernier, le ministre a dit que “l’opération se déroule bien”, ajoutant que “tous les équipements nécessaires ont été mobilisés à cet effet, outre la prise de toutes les mesures réglementaires adéquates”. Par ailleurs, le premier responsable du secteur a estimé que les résultats préliminaires de cette campagne étaient de “bon augure” notamment en ce qui concerne l’orge, au sujet de laquelle, “il est possible, cette année, de renoncer à son importation”.

Il a rappelé, dans ce sens, que l’abondance de la production dans certaines régions de l’Est, avaient exigé le renforcement des mécanismes de transport et de stockage, outre la facilitation de la récolte en faveur des agriculteurs. Selon le ministre, le Gouvernement œuvre à accompagner l’évolution des capacités productives de cette filière “stratégique”. Pour rappel, cette conférence vise à annoncer la mise en œuvre d’une feuille de route élaborée par des experts, des spécialistes et des professionnels impliquant les secteurs concernés (Finances, Energie, Transports, Commerces, Ressources en eau…) pour en dégager une nouvelle stratégie et les mécanismes de sa mise en œuvre sur le terrain.

Cette feuille de route sera prochainement soumise au Gouvernement lors d’une réunion restreinte consacrée à la présentation des mécanismes devant relancer la filière céréalière.