Wassila. B

Et si la renaissance industrielle de l’Algérie se jouait à Sidi Bel Abbès ? Alors que le débat public se focalise souvent sur la rente des hydrocarbures ou les déficits structurels, une transformation silencieuse mais profonde est en cours au sein de l’Entreprise nationale des industries électroniques (ENIE). Avec l’annonce récente du lancement de huit projets de recherche stratégiques, financés par l’Agence thématique de recherche en sciences et technologies (ATRST), l’ENIE ne se contente pas de moderniser sa chaîne de production : elle pose les jalons d’une véritable révolution copernicienne.

Longtemps perçue comme un fleuron industriel hérité des grands projets étatiques, l’ENIE opère aujourd’hui un virage décisif vers l’économie de la connaissance. Le choix de s’associer à l’ATRST et à un réseau d’universités allant de Souk Ahras à Mostaganem est tout sauf anecdotique. Il traduit une prise de conscience essentielle : dans un monde devenu hypertechnologique, aucune industrie ne peut prospérer sans un pont solide entre le marteau et l’ordinateur, entre la chaîne d’assemblage et le laboratoire de recherche.

Ces huit projets couvrent des domaines aussi stratégiques que le stockage de l’énergie, les batteries au lithium ou les systèmes de gestion intelligente (BMS). Ce choix n’est pas le fruit du hasard. L’un des plus grands défis de l’Algérie aujourd’hui est de maîtriser sa transition énergétique. En développant localement des onduleurs pour le solaire ou des systèmes autonomes de nettoyage des panneaux photovoltaïques, l’ENIE répond à un besoin pressant : réduire la dépendance aux importations de composants critiques. Réduire la facture d’importation ne passe pas seulement par des restrictions quantitatives, mais par la capacité à produire soi-même ce que l’on achetait hier à l’étranger. Sur ce terrain, l’intégration nationale des produits chimiques pour les circuits imprimés est un exemple concret de souveraineté retrouvée.

Mais au-delà de la substitution aux importations, c’est la vision d’une industrie 4.0 tournée vers l’export qui se dessine. Le Président-directeur général de l’ENIE, Abdesselam Bouab, le rappelle à juste titre : il s’agit d’adapter l’entreprise aux standards mondiaux. En développant des applications mobiles pour la gestion des réseaux d’éclairage public ou des systèmes d’irrigation intelligents pour les zones isolées, l’ENIE ne se contente plus d’être un simple assembleur. Elle devient un intégrateur de solutions, un acteur des smart cities, un fournisseur de technologies capables de séduire au-delà de nos frontières.

Ce pari est d’autant plus louable qu’il repose sur une matière première que l’Algérie possède en abondance : ses compétences académiques. En mettant fin aux longues distances entre la recherche universitaire souvent théorique et les besoins réels de l’industrie, ce programme montre la voie. Les laboratoires de l’UDES (Unité de développement des équipements solaires) ou de l’ESTIN ne travaillent plus dans l’ombre ; leurs innovations vont directement alimenter les chaînes de fabrication.