La wilaya d’Oran consacre son statut de pôle pharmaceutique émergent avec deux inaugurations majeures dans les biotechnologies et le diagnostic médical.
Meriem B
Oran s’est imposée, ce jeudi, comme un centre névralgique de la transformation de l’industrie pharmaceutique nationale. Sous la présidence du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Wassim Kouidri, la capitale de l’Ouest a abrité l’inauguration de deux infrastructures d’envergure : la première unité algérienne de production d’anticorps monoclonaux et une nouvelle unité dédiée aux kits de diagnostic rapide du groupe Saidal. Deux projets structurants qui marquent une étape décisive dans la montée en gamme du système pharmaceutique national et dans la consolidation de la souveraineté sanitaire du pays.
Un tournant biopharmaceutique pour l’Algérie
L’événement, organisé en présence des autorités locales, des cadres du secteur, de partenaires industriels et de représentants du monde médical, s’inscrit dans une dynamique nationale visant à repositionner l’Algérie dans les chaînes de valeur mondiales de l’industrie pharmaceutique.
Avec la mise en service de ces deux unités, l’Algérie franchit un seuil technologique important, notamment dans le domaine des biotechnologies avancées. Elle devient ainsi le premier pays du Maghreb à disposer de capacités industrielles de production d’anticorps monoclonaux, et se hisse au rang de deuxième pays en Afrique dans ce segment hautement stratégique.
Orion Lab, fer de lance d’une biotechnologie nationale
Portée par le laboratoire algérien Orion Lab, l’unité de production d’anticorps monoclonaux constitue une avancée scientifique et industrielle majeure. Elle permet à l’Algérie d’entrer dans un cercle restreint de pays capables de maîtriser la fabrication de médicaments biologiques complexes, jusque-là largement importés.
Ce projet repose sur un partenariat stratégique avec un laboratoire international de référence, fondé sur un transfert de technologie structuré et un programme de formation avancé. Cette coopération a permis l’installation d’une plateforme conforme aux standards internationaux les plus exigeants, aussi bien en matière de production que de contrôle qualité.
Au-delà de la dimension industrielle, cette unité vise à développer une expertise nationale durable dans les biotechnologies, en renforçant les capacités de recherche, de développement et d’innovation. Elle ouvre ainsi la voie à une autonomie progressive dans la production de traitements innovants.
Des traitements innovants au service des patients
Les anticorps monoclonaux figurent aujourd’hui parmi les thérapies les plus avancées au niveau mondial. Ils sont notamment utilisés dans le traitement de pathologies lourdes telles que certains cancers, les maladies auto-immunes et diverses affections chroniques.
La production locale de ces médicaments représente un enjeu stratégique majeur. Elle permet non seulement d’améliorer l’accès des patients aux traitements de dernière génération, mais également de réduire significativement la facture des importations pharmaceutiques.
Cette avancée s’inscrit également dans la stratégie nationale de renforcement de la prise en charge des patients atteints de cancer, conformément aux orientations du Plan national de lutte contre le cancer.
Saidal DIAG, un levier de diagnostic précoce et de sécurité sanitaire
La deuxième unité inaugurée à Oran, relevant du groupe public Saidal et baptisée Saidal DIAG, est dédiée à la production de kits de diagnostic rapide. Elle constitue un maillon essentiel dans la modernisation du système de santé, en plaçant le diagnostic précoce au cœur de la stratégie thérapeutique.
Selon les données présentées lors de la cérémonie, cette unité est appelée à produire, dans une première phase, 32 types de tests rapides couvrant plusieurs domaines, notamment le dépistage de cancers, certaines pathologies gynécologiques, le VIH ainsi que la détection de la toxicomanie. À terme, la capacité de production devrait atteindre 85 types de kits différents, avec une production quotidienne estimée à 40 000 unités en trois équipes.
Le projet ne se limite pas au champ médical humain. Il intègre également des applications en santé animale, en agriculture pour la détection des maladies des plantes, ainsi que dans les dispositifs de contrôle sanitaire aux frontières, notamment dans les aéroports et les ports.
Sur le plan socio-économique, cette infrastructure devrait générer une cinquantaine d’emplois directs dès son lancement, tout en contribuant à la réduction de la dépendance aux importations de dispositifs de diagnostic.
Une vision intégrée de la santé : du diagnostic au traitement
Pour le professeur Mourad Belkhelfa, directeur général du groupe Saidal, cette nouvelle unité s’inscrit dans une logique globale de construction d’un système de santé intégré, combinant diagnostic précoce et production de médicaments innovants.
Cette approche vise à structurer une chaîne complète allant de la détection des pathologies à leur traitement, en passant par la production locale de solutions médicales conformes aux standards internationaux. Elle reflète une volonté claire de renforcer la souveraineté sanitaire du pays et de consolider les capacités nationales dans les technologies médicales de pointe.
La stratégie nationale met ainsi l’accent sur le développement progressif de nouvelles gammes de tests et de produits, avec une ambition d’élargissement à un nombre croissant de pathologies dans les prochaines années.
La souveraineté sanitaire au cœur des orientations nationales
Dans son intervention, le ministre Wassim Kouidri a rappelé que la création d’un département ministériel dédié à l’industrie pharmaceutique en 2020 a marqué un tournant décisif dans la réforme du système de santé. Cette décision, a-t-il souligné, traduit une volonté politique forte de considérer le médicament comme un enjeu de sécurité nationale.
Le ministre a insisté sur les réformes engagées depuis, notamment la refonte du cadre réglementaire, la facilitation de l’investissement, l’encouragement des partenariats internationaux et le soutien à la recherche scientifique. L’objectif affiché est clair : mettre fin à la dépendance aux importations et bâtir une industrie pharmaceutique nationale capable de couvrir les besoins essentiels du pays.
Selon lui, les résultats de cette stratégie sont désormais tangibles, avec l’émergence de l’Algérie comme l’un des principaux pôles pharmaceutiques du continent africain en nombre d’unités de production.
Une ambition industrielle et continentale
Au-delà de leur portée nationale, les deux unités inaugurées à Oran illustrent une ambition plus large : positionner l’Algérie comme un acteur régional de référence dans le domaine des biotechnologies et du diagnostic médical.
Les investissements réalisés par Orion Lab et le groupe Saidal traduisent une montée en puissance progressive de l’industrie pharmaceutique nationale, fondée sur la maîtrise des technologies, la qualification des ressources humaines et l’intégration de l’innovation dans les processus de production.
Cette dynamique marque une rupture avec un modèle historiquement dépendant des importations technologiques, au profit d’un modèle industriel fondé sur la production locale et la souveraineté scientifique.
Conclusion : Oran, vitrine d’une nouvelle ère pharmaceutique
Avec ces deux inaugurations majeures, Oran s’affirme comme une vitrine du renouveau pharmaceutique algérien. Entre biotechnologies de pointe et diagnostic médical avancé, l’Algérie franchit une nouvelle étape dans la construction d’un système de santé plus autonome, plus innovant et mieux intégré.
Un signal fort envoyé à la fois aux acteurs nationaux et aux partenaires internationaux : celui d’un pays engagé dans une transformation structurelle profonde de son industrie pharmaceutique, au service de la souveraineté sanitaire et du développement économique.



