
Wassila. B
La signature, à Alger, d’un accord-cadre entre le groupe Condor et ses partenaires rwandais et tanzaniens marque bien plus qu’une simple transaction commerciale. Elle incarne la concrétisation d’une vision stratégique longuement mûrie par l’Algérie : celle d’une sortie résolue de la dépendance aux hydrocarbures par le renforcement d’une industrie nationale compétitive et exportatrice. En officialisant l’exportation de produits électroniques et électroménagers vers deux marchés dynamiques d’Afrique de l’Est, l’Algérie pose les jalons d’une coopération sud-sud substantielle, prouvant que son tissu industriel est désormais en mesure de répondre aux standards de consommation de pays émergents. Cet événement, intervenu sous le haut patronage du ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, en marge de la 57e Foire internationale d’Alger, est un signal fort adressé à la communauté des affaires : l’heure n’est plus à l’importation passive, mais à l’exportation active et maîtrisée.
Ce qui distingue fondamentalement cet accord, c’est son ancrage dans les dispositifs concrets de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Longtemps perçue comme une simple déclaration d’intention politique, la ZLECAf trouve ici une traduction opérationnelle, avec l’Algérie en chef de file. En utilisant les opportunités offertes par cette immense zone commerciale, Condor et ses partenaires ne se contentent pas d’exporter des réfrigérateurs ou des téléviseurs ; ils exportent un savoir-faire, une confiance et une régularité qui font défaut à bien des fournisseurs internationaux. L’engagement pris par le groupe algérien de former des techniciens spécialisés dans la maintenance et les services après-vente au sein de son Académie est une pierre angulaire de cette stratégie. Il garantit aux consommateurs rwandais et tanzaniens que le produit algérien n’est pas un bien jetable, mais un investissement durable, accompagné d’un support technique local de qualité. C’est ainsi que l’on construit une marque-pays, par la fiabilité et la proximité.
Au-delà de l’aspect logistique et technique, cet accord illustre la dynamique de transformation économique que connaît l’Algérie sous l’impulsion des réformes du président Abdelmadjid Tebboune. La volonté affichée de diversifier l’économie et d’élargir la base des exportateurs hors hydrocarbures porte ses fruits, comme en témoigne l’augmentation significative du nombre d’entreprises productrices nationales. En accueillant des délégations du Fonds monétaire international et en présentant fièrement ces avancées, les autorités algériennes montrent leur transparence et leur détermination à faire de cette diversification un pilier incontestable de la croissance future. La portée géopolitique de cet événement est tout aussi remarquable. En choisissant le Rwanda et la Tanzanie, l’Algérie cible des plaques tournantes de l’Afrique de l’Est, ouvrant ainsi une porte vers les marchés de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et au-delà. Ce faisant, Alger confirme son ambition de devenir un carrefour logistique et industriel reliant l’Europe à l’Afrique profonde.



