Habib Benaouda 

Oran produit près de 230 000 tonnes de déchets chaque année. Derrière ce volume considérable se dessine désormais un enjeu majeur pour la deuxième ville du pays : sortir progressivement du modèle classique de collecte et d’enfouissement pour faire du déchet une ressource à récupérer, trier et valoriser. C’est tout l’objectif de la deuxième phase du dispositif de tri sélectif, dont les premiers résultats du diagnostic réalisé au niveau de la commune d’Oran viennent d’être présentés.

La rencontre, organisée au siège de la Direction de l’environnement par visioconférence avec la participation de l’Agence nationale des déchets (AND), a permis de mettre en évidence le poids considérable de la commune d’Oran dans l’équation environnementale de la wilaya. Principal bassin urbain et commune produisant les plus grandes quantités de déchets, Oran concentre à elle seule une part importante de la pression exercée sur les services de collecte et de propreté.

Le diagnostic fait ressortir une répartition presque équilibrée entre déchets humides et déchets secs : 51 % pour les premiers et 49 % pour les seconds. Or, cette seconde catégorie constitue un gisement potentiel de récupération. Les dernières études estiment à environ 14 % la proportion des déchets secs susceptibles d’être récupérés et valorisés. Autrement dit, une partie de ces 230 000 tonnes annuelles pourrait ne plus prendre directement le chemin des centres d’enfouissement, mais réintégrer le circuit économique sous forme de matières récupérées.

Un changement de modèle

Au-delà des chiffres, c’est donc un changement de modèle qui se profile. La gestion des déchets tend à abandonner progressivement une logique linéaire — produire, consommer puis jeter — au profit d’une approche relevant de l’économie circulaire, fondée sur la récupération, la réutilisation et la valorisation des matières.

Mais cette transformation se heurte à une condition essentielle : le tri à la source. Sans séparation des déchets dès leur production, les matières recyclables se retrouvent mélangées aux autres détritus, ce qui réduit considérablement leur potentiel de récupération et de valorisation.

La commune d’Oran a déjà commencé à renforcer ses moyens. Près de 10 000 conteneurs, de capacités allant de 240 à 770 litres, ont été acquis l’année dernière. Le dispositif a également été étendu aux établissements scolaires, tandis que le tri du plastique et du verre a été renforcé dans plusieurs grands marchés. Une démarche qui commence à enregistrer l’adhésion de certains commerçants.

Une logistique sous pression

Cette nouvelle politique vient s’ajouter à un dispositif de propreté déjà particulièrement important. La commune s’appuie sur 110 opérateurs privés répartis à travers 11 délégations communales, auxquels s’ajoute l’établissement « Oran Propreté », actif dans sept délégations. Une équipe spécialisée est également chargée de l’entretien des espaces verts.

Sur le terrain, plus de 120 camions sont mobilisés pour la collecte des déchets et le balayage des voies publiques, tandis qu’environ 1 300 agents assurent les différentes opérations de nettoyage, ainsi que la gestion et la maintenance des équipements. Les plans communaux de propreté sont activés régulièrement, notamment pour le nettoyage des avaloirs, le balayage et la répartition des conteneurs, afin d’absorber les périodes de forte pression.

Le véritable test reste toutefois à venir. Pour Oran, l’enjeu n’est plus seulement d’augmenter les moyens consacrés à la collecte, mais de réduire à la source les volumes de déchets mélangés et d’augmenter sensiblement les quantités effectivement récupérées.

Avec 18 délégations communales et une importante densité de population, la commune devra surtout réussir à faire du tri une habitude quotidienne. L’adhésion des ménages, des commerçants et des opérateurs économiques sera déterminante. Car au-delà des conteneurs et des camions, la réussite de cette transition se jouera dans les comportements.

À terme, le pari est de taille : faire passer Oran d’une logique où le déchet constitue essentiellement une charge à gérer à un modèle où une partie de ces 230 000 tonnes annuelles peut devenir une matière première, une ressource et, surtout, une valeur économique.