
Wassila. B
La guerre contre l’Iran a des conséquences tragiques. « La guerre va se terminer bientôt. » Cette promesse, lancée lundi par Donald Trump depuis Miami, avait tout de l’oracle présidentiel : péremptoire, rassurante pour son opinion publique, et typiquement américaine dans sa prétention à fixer l’agenda du monde. Moins de vingt-quatre heures plus tard, Téhéran y a répondu par un camouflet cinglant. « Aussi longtemps que nécessaire », a rétorqué le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. En une seule formule, la République islamique vient de déplacer le champ de bataille du terrain militaire vers celui, tout aussi crucial, de la volonté politique. Cette escalade verbale n’est pas qu’un échange de provocations. Elle révèle la nature profonde du conflit qui embrase le Moyen-Orient : une guerre d’usure où chaque camp teste la résistance de l’autre. En assurant que les négociations ne sont « plus à l’ordre du jour », Téhéran ferme la porte à toute issue rapide. Pire encore, en avertissant de rendre le détroit d’Ormuz « impraticable » et d’interdire toute exportation pétrolière depuis la région, les Gardiens de la révolution brandissent l’arme énergétique comme un ultime recours pour se défendre.
Donald Trump a cru bien faire en agitant la carotte d’un allègement des sanctions sur le pétrole pour calmer les marchés. C’était mal connaître la logique de ses adversaires. Pour l’Iran, le pétrole n’est pas qu’une marchandise : c’est un levier géostratégique. En menaçant d’asphyxier l’approvisionnement mondial, Téhéran ne bluffe pas totalement. Le détroit d’Ormuz reste, qu’on le veuille ou non, sous influence iranienne, et tout blocage prolongerait plongerait l’économie mondiale dans le chaos.
Mais au-delà du bras de fer énergétique, c’est un rapport de force existentiel qui se joue. En affirmant que « c’est Téhéran qui décidera de la fin de la guerre », les Gardiens de la révolution posent une équation simple : tant qu’ils tiendront, le conflit durera. Ils savent que l’Amérique, engluée dans un calendrier électoral et lassée par vingt ans de guerres interminables, n’a pas la patience pour un enlisement supplémentaire.
Dans cette guerre des nerfs, le temps travaille objectivement pour celui qui saura l’endurer. Trump promet une fin rapide parce que son modèle politique exige des résultats immédiats. L’Iran, habitué aux sanctions et au sacrifice, joue la montre. La véritable inconnue reste la capacité des puissances internationales à peser sur un conflit qui, par ricochet, menace directement leurs intérêts. Car comme le rappellent les Gardiens de la révolution, « en temps de guerre, le commerce est tributaire de la sécurité régionale ». Une vérité que les marchés pétroliers, déjà fébriles, ont parfaitement intégrée. Dans cette confrontation asymétrique, un acteur clé observe en silence : la rue iranienne. Si Téhéran affiche une unité face à l’agression extérieure, les fissures économiques se creusent dangereusement. Les sanctions, même partiellement levées par Washington, ont laissé des cicatrices profondes.


